Articles

Mensonge et chantage: voilà les armes des États-Unis pour faire plier Cuba

Par Waldo Mendiluza

La Havane, 22 janvier (Prensa Latina) Depuis presque soixante ans, une douzaine de gouvernements se sont succédés aux Etats-Unis et tous ont appelé à l'hostilité, au chantage et à la manipulation pour tenter de faire plier Cuba et sa Révolution. L'administration nord-américaine actuelle ne fait pas exception. Elle semble même s'être donné pour but de renforcer et multiplier les mesures d'hostilité contre l'île.


Ce terrorisme d'État s'est déjà soldé par plus de cinq mille victimes, des agressions biologiques, des campagnes médiatiques et un blocus économique, commercial et financier tel qu'aucun autre pays n'a peut-être souffert au long de l'histoire et, cependant, l'échec de cette politique imposée à Cuba contre sa volonté ne fait aucun doute. Pour justifier sa politique aux yeux de la communauté internationale, Washington continue à utiliser comme fer de lance l'argument de soi-disant violations des droits de l'Homme  et la volonté de Cuba d'exporter la révolution à d'autres peuples opprimés.

"Impossible de nier que la Révolution née dans ce pays le 1er janvier 1959 n'ait connu une seule seconde de répit face aux douze administrations nord-américaines qui se sont continuellement efforcées d'obtenir un changement de régime à Cuba par des moyens plus ou moins agressifs", a rappelé il y a quelques jours à peine le premier secrétaire du Comité Central du Parti Communiste, Raúl Castro.

Dans son intervention, Raúl Castro estime que l'actuelle administration nord-américaine semble avoir opté pour un cours menant à la confrontation, ce que certains de ses porte-paroles recherchent activement lorsqu'ils durcissent l'embargo et détériorent ainsi les relations bilatérales.

Parmi les prétextes employés contre la plus grande île des Antilles, le moins connu, peut-être, est celui des nationalisations que le gouvernement cubain réalisa dans la années 60 du siècle dernier, une mesure légitime par laquelle la Révolution entendait  rendre l'archipel à son véritable et unique propriétaire: le peuple cubain.

En mars 1996, le président nord-américain de l'époque, William Clinton, signa la Loi Helms-Burton, qui marquait une escalade dans l'agressivité de la Maison Blanche et dont l'objectif était de durcir le blocus en multipliant son caractère extraterritorial, notamment par le très controversé Titre III.

Ce dernier stipule que tous les citoyens nord-américains et tous les propriétaires ne possédant pas la citoyenneté nord-américaine au moment où se produisirent ces nationalisations - c'est-à-dire des propriétaires de biens supposés dont la propriété n'a jamais été établie- sont en devoir de déposer une plainte  devant les tribunaux des États-Unis contre tout étranger qui "ferait commerce"  de ces biens.

Les résidants successifs de la Maison Blanche, républicains et démocrates confondus, se sont jusqu'à maintenant abstenus d'utiliser leur pouvoir exécutif pour appliquer la loi mentionnée, y compris Donald Trump qui, en 2017 et 2108 suspendit pendant six mois l'application de ce Titre III, conscients  qu'ils étaient de la complexité qu'il y aurait à le concrétiser.

Hier, le Département d'État a confirmé cette suspension pendant une durée de 45 jours, ce délai supplémentaire devant permettre une révision scrupuleuse de la politique pratiquée jusqu'à ma maintenant  "à la lumière  des intérêts nationaux des États-Unis et des efforts employés pour accélérer la transition de Cuba vers la démocratie".

QUELLE EST LA SIGNIFICATION DE CETTE NOUVELLE ATTITUDE?

Le ministère des Affaires Étrangères cubain a condamné hier cette décision nord-américaine. Il attire l'attention sur le fait que l'application du Titre III de la Loi Helms-Burton constituerait, entre autres, une violation flagrante du Droit International et une attaque directe contre la souveraineté  et les intérêts de pays tiers.

"Cette décision, que le gouvernement des États-Unis  menace d'adopter, impliquerait que, contrairement à ce qui est établi par le Droit International et la pratique des relations internationales, les individus ou entités étrangères  commerçant en toute  légitimité avec Cuba pourraient se voir menacés par des réclamations  infondées et sans légitimité aucune de la part de tribunaux nord-américains", souligne la déclaration du ministère des Affaires Étrangères cubain.

De même, précise cette déclaration, tous les cubains et toutes les communautés du pays pourraient  se trouver confrontés à des demandes présentées devant les tribunaux nord-américains pour la restitution des demeures qu'ils occupent, des lieux où ils travaillent, des écoles  que fréquentent leurs enfants, d'hôpitaux qui prodiguent des soins  ou de terrains sur lesquels se construisent de nouveaux quartiers.

Selon Carlos Fernández de Cossio, le directeur pour les affaires avec les États-Unis du ministère des Affaires Étrangères cubain, l'application du Titre III constituerait un obstacle sérieux pour trouver une solution aux réclamations commerciales  et nuirait aux échanges bilatéraux et à la maigre coopération existant aujourd'hui entre les deux pays.

Depuis le rapprochement annoncé en décembre 2014 par les présidents de l'époque, Raúl Castro et Barack Obama, La Havane et Washington ont fait les premiers pas pour résoudre le problème des compensations mutuelles en dépit de la grande complexité politique et technique de cette affaire.

La grande presse, et les personnes qui ne sont intéressées que par la confrontation entre les deux pays, ne mentionnent que le problème des nationalisations cubaines et le droit à la réclamation  des personnes concernées, mais ils font silence sur le droit de l'île  à obtenir des indemnisations pour les longues années d'agressivité subie de la part des États-Unis.

C'est dans ce sens que le Tribunal Populaire Provincial de La Havane, en 1999, a déclaré fondée en droit la demande de compensation du peuple cubain pour dommages humains contre le gouvernement des États-Unis, et a chiffré, à l'époque, le montant de cette indemnisation à 181 milliards de dollars.

Quelques mois plus tard, ce même tribunal a chiffré l'intérêt de ces dommages à 121 milliards de dollars, et cette somme n'a fait qu'augmenter, étant donné la poursuite de l'embargo économique, commercial et financier de l'île.

Cuba a réitéré sa volonté  de parvenir à  une solution pour cette complexe affaire, qui n'en deviendra que plus difficile à résoudre si la Maison Blanche décide de suivre les exigences des secteurs anti-cubains les plus hostiles qui demandent une application stricte du Titre III.

À ce sujet, Fernández de Cossio a rappelé dans un twitt récent que les nationalisations des années 60 furent réalisées en accord avec les lois locales et internationales.

À l'époque, Cuba envisagea de payer des compensations; ce fut le gouvernement des États-Unis  qui refusa constamment d'aborder le problème sous cet angle. Ces faits sont faciles à vérifier et "aucune tergiversation à ce sujet ne peut changer l'histoire".

Au cours des dernières heures, les dirigeants cubains ont réagi face a cette politique faite de chantage et de mensonges utilisée par Washington.

" Nous ne permettrons pas ce chantage politique; nous avons des raisons et des faits réels suffisants  et légitimes pour faire face à toute cette hostilité et ce mépris", a twitté le président cubain, Miguel Díaz-Canel, tandis que Bruno Rodriguez, le ministre des Affaires Étrangères, qualifiait cette manœuvre autour du Titre III d'hostilité irresponsable et d'attaque brutale contre le Droit International et les pays tiers.

Confrontés à une telle tension, il est important de se rappeler l'appel lancé par Raùl Castro le 1er  janvier de cette année:

" Je réitère notre volonté de cohabiter de manière civilisée, malgré toutes les différences, et à maintenir une relation de paix et de respect mutuel avec les États-Unis.  Mais nous affirmons aussi sans ambiguïté  que les cubains sont disposés à résister à ce scénario de confrontation que, pour leur part, ils ne désirent pas. Nous formullons donc  le vœu que les esprits équilibrés du gouvernement nord-américain parviendront à  éviter ce scénario ", assure Raúl Castro.

peo/wmr