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Brésil : un général fait clignoter des témoins d’alarme

Par Moisés Pérez Mok *

Brasilia, (Prensa Latina) La possibilité d’une intervention militaire pour arrêter la crise politique aiguë que traverse le pays, brandie par le général et Membre de l’État-Major de l’Armée Antonio Hamilton Martins Mourao, a fait clignoter des témoins d’alarme dans tout le Brésil.


« Les événements que vit le Brésil quotidiennement provoquent la tristesse et la crainte », a déclaré l’ex-membre du Haut Commandement du Sud lors d’une conférence dans la Loge Maçonnique du Grand Orient, avant de préciser que - selon lui- « nous sommes dans une situation d’ « approximations successives » jusqu’au moment où les institutions auront à trouver une solution au problème politique ».

Mourao a assuré que l’Armée a « des  plans précis» et il a indiqué: « nous estimons, aujourd’hui, que les approximations successives » (pour retirer de la vie publique les éléments impliqués dans des actions illicites) seront effectuées.

Dans le cas contraire, a-t-il averti, « l’heure arrivera où nous aurons à imposer une solution et cette imposition ne sera pas facile. Il y aura des problèmes, soyez-en assurés », a-t-il ajouté. Contrairement à ce que l’on attendait, a commenté le quotidien Correia Braziliense, l’opinion assumée par ce haut gradé, et qui a inquiété et effrayé de nombreuses personnes, n’a fait l’objet d’aucun type de sanction publique.

Il a fallu attendre une semaine après cette sortie de Mourao pour que le Chef de l’Armée, le général Eduardo Villas  Boas, dise que le Ministre de la Défense, Raul Julgmann, était informé des circonstances et des mesures à adopter pour gérer le domaine interne et il a assuré que son ministère était acquis à la consolidation de la démocratie.

D’autant plus que Mourao n’a pas été le seul à faire des vagues avec ses déclarations. Le Ministre-en-chef du Cabinet de Sûreté Institutionnelle de la Présidence, le général Sérgio Etchegoyen, a aussi été la cible de critiques quand il a affirmé que les privatisations en cours avec le gouvernement de Michel Temer ne sont pas une menace pour la souveraineté nationale.

Durant un forum latino-américain sur les infra-structures à São Paulo, Etchegoyen a prôné la « désidéologisation » des affaires importantes du pays, et il a signalé que si l’on allait imposer de nouvelles limites avant chaque initiative ( de privatisation) « nous ne comblerions jamais notre déficit d’infra-structure. »

Dans le scénario actuel ( de crise politique, économique et institutionnelle), il est clair que « le facteur militaire » a du poids, a souligné de son côté Celso Amorim, ex-ministre des Affaires Étrangères et de la Défense pendant les gouvernements de Luiz Inácio Lula Da Silva et Dilma Roussef.

Amorim considère que ces manifestations publiques d’opinions politiques par le haut commandement de l’Armée sont une erreur puis a fait en particulier allusion aux prises de position de Mourao qu’il a jugées graves, et à la réponse insatisfaisante donnée par Villas Boas. Dans un cas comme celui-ci, a-t-il souligné, il est impossible d’accepter une position ambiguë.

Selon l’ex-Ministre des Affaires Étrangères, cet incident récent laisse entrevoir un changement dans le positionnement du Chef de l’Armée, qui en d’autres occasions, a été d’avis que la tenue de nouvelles élections était la solution pour sortir du chaos ; c’est-à-dire la grave situation que vit notre pays. « Il ne doit y avoir que cette sortie, à l’exclusion de toute autre », a déclaré Amorim.

En commentant, la prise de position publique de Mourao en faveur d’un coup d’état et la réaction à ce sujet de Villas Boas, le site GNN a rappelé qu’au début de l’année , ce dernier, s’exprimant toujours dans la même Loge Maçonnique, a insinué que les forces armées pouvaient intervenir en politique.

« Les déclarions de Mourao et la réponse de Villas Boas montrent qu’une intervention militaire proprement dite n’est peut-être pas encore dans les cartes du scénario politique brésilien mais que la menace d’une telle intervention est, d’ores et déjà, bien réelle», conclut le journal qui s’autoproclame de tous les Brésiliens.

* Correspondant en chef / Brasilia

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