Agence de Presse de l'Amérique Latine

Guatemala: un clin d'œil controversé aux Etats-Unis et à Israël

Par Maitte Marrero Canda

Guatemala, 15 mai (Prensa Latina) Soumis aux Etats-Unis et à contre-courant de la communauté internationale, le Guatemala affine aujourd'hui les derniers détails pour ouvrir son ambassade à Jérusalem,  mercredi prochain, au milieu de fortes protestations de la part des pays de la région.


Le président guatémaltèque, Jimmy Morales, sera en Israël demain, et jusqu'au 18 de ce mois. Il y accomplira une visite d'Etat qui inclut  sa présence personnelle à une cérémonie très controversée où il inaugurera sa nouvelle légation diplomatique.

Le changement aura lieu deux jours après le transfert de Washington, qui a été marqué par des heurts violents entre les troupes israéliennes et la population de Gaza, un massacre quotidien depuis l'exil forcé de leurs terres ancestrales de quelques 750 milles palestiniens.

Le 16 mai, Morales tiendra l'engagement pris lors du vote du 21 décembre 2017, quand, accompagné d'un tout petit groupe de huit autres pays, il se rallia à la volonté de Trump, déterminé à  reconnaitre la Ville Sainte comme capitale du pays malgré l'opposition de 128 pays de l'ONU.

La toute-puissance de Trump, et par conséquent, l'attitude suiviste du Guatemala, brise un consensus vieux de dizaines d'années selon lequel le statut de Jérusalem devra faire l'objet de  négociations entre palestiniens et israéliens. En fait, cette décision ouvre la porte au gouvernement de Tel Aviv pour qu'il continue à violer les lois internationales comme il le fait depuis longtemps déjà, signalent les observateurs.

Ces avances de Morales envers Washington incluent également le premier ministre Benjamin Netanyahu, qui s'est toujours montré -et encore plus maintenant - reconnaissant envers le Guatemala, pays qui a une longue tradition de soutien à Israël et qui dépend énormément de son aide économique.

"Depuis 70 ans que nos pays ont des relations, le gouvernement de Tel Aviv a toujours été notre allié", a affirmé à la presse le chef d'Etat guatémaltèque en défendant sa décision très controversée face au rejet des pays arabes et aux nombreuses interventions internationales lui demandant de se rétracter.

Cependant, les démarches pour ce changement d'ambassade ont suivi leurs cours avec le soutien des secteurs les plus extrémistes du pays et celui de son influente communauté juive ayant fait d'importants investissements dans le pays du Quetzal.

Les milieux de presse rappellent que le Guatemala a joué un rôle important lors de la création de l'Etat juif en 1947, avant d'être l'un des premiers à soutenir la demande de reconnaissance d'Israël par l'ONU, à établir des relations diplomatiques, et à ouvrir une représentation diplomatique à Jérusalem jusqu'en 1980.

Cette ancienne alliance a été ratifiée une fois de plus en début de mois, quand le Congrès de la République a approuvé l'adoption d'une loi qui fait du 14 mai le Jour National de l'Amitié entre les deux pays.

Tant et si bien que le Guatemala aurait pu se passer d'envoyer à grands frais la nombreuse délégation menée par la ministre des Affaires Etrangères, Sandra Jovel qui est déjà arrivée en précurseur en Israël samedi.

De manière non-officielle- car la liste définitive semble confidentielle- on croit savoir qu'au moins 22 membres du Congrès pourraient faire le voyage, la majorité appartenant au parti du gouvernement, le Front de Convergence National-Nation, selon certains milieux de presse.

Mais le plus remarquable est que, bien qu'il s'agisse d'un événement diplomatique- Morales sera accompagné par toute sa famille, y compris par son frère et son fils aîné, qui sont en ce moment impliqués dans une affaire de corruption liée au Bottin de la Propriété Foncière.

Malgré qu'ils ne soient autorisés qu'à des déplacements à l'intérieur du pays, cette mesure a été levée au dernier moment

par le Treizième Tribunal des Peines, ont expliqué les spécialistes.

La chancellerie guatémaltèque affirme qu'une partie des frais sera à la charge d'Israël et que les députés payeront de leur poche les billets d'avion; toutefois, dans le portail digital Guatecomparas (relatif aux achats), on commence à voir que certaines de ces transactions sont assumées par des fonds de l'Etat, a confirmé le quotidien Presse Libre.

Le gouvernement de Morales, tente de faire paraitre ce changement d'ambassade comme un "simple retour", puisque, jusqu'en 1980, une bonne partie des ambassades d'Amérique Latine et des Antilles avaient leur siège dans cette ville.

Ce qu'il oublie de dire, c'est que, précisément à cette date, Israël vota une loi déclarant que Jérusalem est sa capitale 'une et indivisible" et que les Nations Unies déclarèrent cette loi illégale et demandèrent à tous les Etats de retirer leurs missions diplomatiques de la ville.

A l'époque, le Guatemala se conforma à la décision de l'ONU. Mais il semble, qu'aujourd'hui, les clins d'œil monétaires de Washington à Morales ont davantage de poids. Peut-être pense-t-il pallier ainsi une économie en baisse depuis deux ans, et ballotée par de constantes turbulences politiques  et des scandales de corruption.

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