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Argentine: l'accord avec le FMI et la réponse de l'opposition

Buenos Aires, 11 juin (Prensa Latina)Après des semaines d'attente, le Gouvernement argentin annonce  qu'il a fini par demander une aide de 50 milliards de dollars; mais l'opposition, inquiète et mécontente, insiste pour que cet accord soit d'abord débattu au Congrès.


Beaucoup voient déjà planer le fantôme des événements de 2001 qui engendrèrent  une grande convulsion sociale et forcèrent le président de l'époque, Fernando de la Rua, à démissionner.

Et en effet, si l'on considère la situation régnant aujourd'hui dans le pays, on peut dire que beaucoup d'acteurs sociaux coïncident et que ce prêt, qui n'annonce rien de bon, annonce surtout un tour de vis supplémentaire.

Hier, en fin d'après-midi, le ministre du Logement, Nicolas Dujovne -chargé des négociations avec le FMI- a précisé que le Fond Monétaire International a accordé un programme de "stand-by" à l'Argentine pour une durée de trois ans.

Federico Sturzennegger, qui était accompagné du président  de la Banque Centrale,  a assuré être convaincu  de l'opportunité de ce prêt. Selon lui, le chemin choisi par le gouvernement  est le bon et permettra  d'éviter une crise.

Ce que nous avons fait, c'est chercher de l'aide pour continuer à construire une économie normale dotée d'une croissance durable ainsi que d'un taux de chômage et d'une pauvreté  en baisse.

Sturzennegger a également assuré que "cet accord va nous permettre d'améliorer notre fiscalité et d'effacer définitivement une dette qui nous mine parce que nous dépensons plus d'argent qu'il n'en rentre dans les caisses de l'état".

Après avoir défendu la demande de prêt, le ministre à aussi souligné que celle-ci avait été motivée par une série de d'événements intérieurs et extérieurs comme, par exemple, la hausse des taux d'intérêt aux États-Unis, la pression provoquée par la hausse du dollar sur la monnaie de nombreux pays émergents dont l'Argentine, et l'impact de la sécheresse sur l'économie nationale.

Cette décision  est une décision préventive afin d'éviter une crise. Nous étions conscients que si les pressions continuaient à s'accumuler  nous perdrions le soutien de la communauté internationale pour réparer un dommage qui s'était déjà produit.

Le ministre Dujovne a souligné que l'accord obtenu est assorti de clauses de garantie sociales inédites et qu'il prévoit une certaine flexibilité en ce qui concerne le déficit, ce qui permettra des dépenses supplémentaire dans le domaine social au cas où une intervention de l'Etat s'avèrerait nécessaire, " c'est -à-dire si les indicateurs sociaux nous amènent à devoir accorder une augmentation des salaires, a-t-il précisé.

Il a également annoncé  qu'il cherchera à promouvoir une plus grande autonomie de la Banque Centrale. Pour ce faire, le Gouvernement enverra un projet de loi au Congrès dont la caractéristique principale sera l'élimination du financement monétaire de la Banque Centrale par le Trésor Public.

La réponse des diverses coalitions politiques anti-gouvernementales et des syndicats ne s'est pas fait attendre. A peine terminée la conférence de presse du gouvernement, les députés  du Front pour la Victoire ( FpV-PJ) ont fait savoir leur inquiétude et ont averti que cet accord allait    avoir " d'horribles conséquences sociales".

" Nous croyons que l'empressement de Mauricio Macri  pour accéder aux demandes du Fond va à l'encontre  des intérêts de la  nation et du peuple argentin. Rien de bon ne peut être fait pour le peuple dans l'empressement.  Nous continuerons donc à exiger que le  texte soit discuté par les législateurs au Congrès National, c'est-a-dite devant le peuple", demande l'opposition dans un communiqué.

Cette aide octroyée par le FMI "approfondira la récession. L'austérité rendra le marché interne plus difficile; la situation générale s'aggravera. En disant cela, notre intention n'est pas d'orchestrer une campagne de la peur. Il existe, malheureusement, de trop nombreux exemples prouvant que le remède que l'on veut pour l'Argentine n'est pas efficace. Il s'est soldé par un échec dans tous les pays où on l'a appliqué", estime le FpV.

Pour sa part, le député de Buenos Aires, Marcelo Ramal, membre du Pôle Ouvrier, considère que " le pacte du gouvernement avec le FMI exige une réponse immédiate de la part des travailleurs. Nous condamnons cet accord qui signifie la dévaluation, le chômage, l'augmentation des prix et l'attaque sur les salaires", a-t-il affirmé lors de son passage à l'émission Crónica TV.

De nombreuses autres opinions sont apparues sur Twitter, certaines en faveur, d'autres contre cette décision de faire à nouveau recours au FMI. Sur le site # Ajustealfondo (FMI=Austérité), de nombreuses voix de citoyens s'élèvent pour dire que cet accord apportera moins de souveraineté et plus de pauvreté.

"C'est en effet, une austérité tout azimuts que prépare le gouvernement", peut-on y lire. "Le vieil FMI de toujours est de retour. Celui de l'extorsion et de l'austérité. Celui qui met les peuples à genoux", écrit une cybernaute répondant au nom de Cécilia Romero.

Depuis que le président Macri a annoncé le 8 mai dernier que le gouvernement allait demander l'appui financier du FMI, la grande majorité regarde avec crainte le retour de cette organisation qui, en 2001, laissa l'économie argentine exsangue et la société convulsée. Beaucoup d'argentins ont d'ailleurs déjà commencé à manifester.

Quelques heures avant l'annonce du montant du prêt, les centrales syndicales CTA et CTA Autonome ont réitéré leur décision de se joindre à la journée de grève et de mobilisation lancée par le syndicat des camionneurs pour le 14 juin prochain.

"Cette mesure s'inscrit dans la série de protestations contre l'austérité, l'augmentation des prix et la remise de la souveraineté nationale aux mains du FMI", ont déclaré les centrales syndicales dans un communiqué où elles ajoutent: "Nous exigeons la tenue de réunions paritaires libres (c'est-à-dire de négociations salariales) pour tous les syndicats".

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