Agence de Presse de l'Amérique Latine

Début du procès pour vol de bébés pendant la dictature franquiste

Madrid, 27 juin (Prensa Latina) Avec l'un des présumés coupables assis sur le banc des accusés, commence en Espagne le premier procès pour le vol de milliers de bébés pendant la dictature du général Francisco Franco (1939-1975).


Répondant à une requête du parquet qui pourrait lui coûter 11 années de prison, le docteur Édouard Vela s'est assis sur le banc des accusés du Tribunal Provincial de Madrid pour répondre du vol d'un bébé, il y a 49 ans, dans un hôpital de la capitale.

La plaignante, Inès Madrigal, fut séparée de sa mère biologique à sa naissance, en 1969, pour être remise à une femme stérile.

Au début du procès, le gynécologue, âgé maintenant de 85 ans, a nié que la signature apposée sur l'extrait de naissance délivré à Madrid était la sienne, contredisant ainsi les déclarations qu'il avait faites précédemment lors de l'instruction du procès.

La justice l'accuse de falsification de document officiel, de rétention illégale de mineur et de fausse déclaration de naissance alors qu'il travaillait à la clinique San Ramon de Madrid.

Le Ministère Public considère qu'Inès Madrigal a été enlevée à sa mère biologique et remise à une femme stérile (Inès Pérez) à qui Vela conseilla de feindre une grossesse avec des coussins.

"Cette affaire n'est plus seulement mon affaire", a déclaré la victime à la presse venue assister au procès. "Ce procès va bien au-delà.  Tout le monde sait que, dans ce pays, de nombreux enfants ont été volés".

En effet, entre 1950 et 1990 en particulier, de nombreux nouveau-nés furent enlevés sous de faux prétextes à leurs parents biologiques pour être ensuite remis à d'autres familles, souvent en échange de paiement.

Selon les associations pour la défense des droits de l'homme, 300 mille bébés auraient ainsi pu être dérobés et vendus sous une fausse identité à d'autres familles.

Vela était directeur de la clinique où est née Madrigal. Il a déjà eu à comparaître devant la justice, en 2013, mais il parvint à se dissocier de l'affaire et nia toute participation aux actes qu'on lui reprochait.

Le premier procès du genre date de 2012, à la suite du vol supposé d'une mineure née en 1982, et la personne accusée était une bonne sœur, Maria Florencia Gomez.

À l'époque des faits, cette dernière travaillait avec Vela dans la même clinique, mais des soucis de santé l'empêchèrent de comparaître et elle décéda quatre jours plus tard, en janvier 2013.

Les cas semblables à celui de Madrigal pourraient se compter par dizaines de milliers, selon les organisations qui depuis 2012 cherchent à tirer au clair ce trafic d'enfants qui débuta sous la dictature franquiste, souvent avec la complicité de l'église.

Apres la guerre civile d'Espagne, l'objectif de Franco était de punir les partisans de la IIème République (1936-1939), accusés de transmettre " le gène rouge" du marxisme à leurs enfants, déclare Soledad Luque.

Par la suite, ce phénomène affecta bien d'autres enfants nés hors mariage, dans des familles pauvres ou très nombreuses. Le trafic continua pendant les années de démocratie pour des raisons économiques, explique Luque, présidente de l'association "Tous les enfants dérobés sont aussi mes enfants".

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