Agence de Presse de l'Amérique Latine

Le ministre de lIintérieur chilien est durement remis en cause après l’assassinat d’un jeune mapuche

Par Rafael Calcines Armas

Santiago du Chili, 12 décembre (Prensa Latina) Comme s’y attendaient la presse politique et les médias, le ministre de l’Intérieur du Chili, Andrés Chadwick, a été durement interpelé au Congrès pour l’homicide du jeune mapuche Camilo Catrillanca par des agents du corps des Carabiniers.


Les objectifs de cette interpellation étaient divers. Plus que de revenir sur les faits ayant mené à l’assassinat de ce militant social le 14 novembre dernier, il s’agissait d'élucider la part de responsabilité politique des autorités du pays dans ce meurtre et d’aborder, de manière plus générale, la politique de sécurité publique du Gouvernement dans la région de l’Auracanie et les violations des droits de l’homme qui y sont perpétrées.

Pendant deux heures, le gouvernement a été durement interpellé par la députée socialiste mapuche de l’opposition, Emilia Nuyado, arrivée au congrès accompagnée de Marcelo Catrillanca, le père de la victime, et qui a commencé son intervention en langue mapuche, le mapudungún.

La série de questions-réponses entre Nuyado et Chadwick a été ponctuée d’applaudissements venant soit des bancs de l’opposition, soit des bancs de la majorité, selon la personne qui s'exprimait, le ministre de l’Intérieur se faisant parfois même chahuter. Cependant,  l’échange a permis de mettre en évidence les points de vue divergents des forces politiques en présence sur des questions fondamentales touchant à la situation du peuple mapuche et à ses revendications séculaires.

D’après certains observateurs politiques, il s’est surtout agit d’un dialogue de sourds pendant lequel Chadwick, dont l’expérience du jeu politique est grande puisqu’il est sur les bancs de l’assemblée depuis les années Pinochet, a commencé son intervention en présentant ses "profondes condoléances” à la famille de Camilo Catrillanca.

Il a admis que les carabiniers incriminés avaient fait feu sans motivation, car la victime ne portait pas d’armes sur elle et qu’il n’y avait pas eu de confrontation  avec les forces de l’ordre, ce qui, a-t-il déclaré, est un fait “inacceptable”. Mais il a soigneusement évité de se prononcer clairement sur la responsabilité politique du Gouvernement dans cette affaire.

Parmi les points abordés, Chadwick a justifié la présence de forces spéciales en Araucanie en raison des faits de violence que la région connait depuis des années; à quoi la députée a rétorqué que la violation des droits des mapuches dans la région n’était certainement pas le meilleur moyen d'y ramener la paix.

Nuyado a insisté sur l’impossibilité de progresser dans le dialogue, comme le souhaite le Gouvernement, si les forces de l’ordre se laissent aller à commettre des actes de violence et des assassinats, ce que Chadwick a admis.

Mais, dans la foulée, il a annoncé que le président Sébastien Piñera allait présenter ce mois-ci un projet pour  aboutir à la reconnaissance constitutionnelle des peuples indigènes, et un autre projet pour faciliter la création d’un Ministère des Affaires Indigènes.

Auparavant, la Chambre des députés avait approuvé par 97 voix contre 8 la proposition du député indépendant René Saffirio pour créer une commission d’enquête afin d’établir les responsabilités politiques dans le décès de Camilo Catrillanca.

En outre, avant que la session ne soit levée, la Chambre a voté à une large majorité un projet de résolution contenant une dizaine de recommandations au Gouvernement sur la conduite à mener en Auracanie tant sur les droits de l’Homme de la population mapuche, que sur la démilitarisation de la région, le maintien de l’ordre, la sécurité, l’état de droit et la reconnaissance constitutionnelle des peuples indigènes.

Par delà les points de vue totalement opposés des partisans et des opposants au Gouvernement sur les résultats de cette remise en cause de la politique gouvernementale, Marcelo Catrillanca, le père du jeune homme assassiné par les carabiniers, a affirmé laconiquement à la presse qu’il ne croyait pas un seul mot des affirmations du ministre Chadwick pendant cette session.

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