Agence de Presse de l'Amérique Latine

L'amour fait des miracles: encore une petite-fille qui retrouve sa famille en Argentine (II)

Par Maylin Vidal

L'histoire de ce cas particulier, comme celle de tous les autres d'ailleurs, est terrible. Le 21 mai 1977, Norma fut enlevée avec ses camarades militants et avec les propriétaires de la maison où ils étaient hébergés à Moreno, un quartier de Buenos-Aires. Son premier fils, Marcos, vivait alors avec ses grands-parents pour des questions de sécurité, Carlos Alberto se trouvant à l'étranger à l'époque; il dut plus tard s'exiler.


Le couple avait projeté de s'échapper pour se retrouver plus tard en Espagne. Norma, avec son fils Marcos et son bébé devaient quitter l'Argentine après son mari. Ils avaient déjà choisi le prénom de l'enfant qu'elle portait. Si c'était une fille, elle s'appellerait Soledad; si c'était un garçon, il s'appellerait Carlos. Mais ils ne purent jamais se retrouver et l'on ne sut jamais ce qu'il était advenu du bébé né en captivité.

Les efforts pour retrouver l'enfant ne s'arrêtèrent  jamais  mais les démarches pour les recherches ne commencèrent à prendre quelque forme qu'en 2012. Puis, cinq ans plus tard, on parvint à établir un lien avec la jeune femme qu'un ami d'Argentine avait encouragée à rechercher ses origines.

Il y a quinze jours à peine, cette dernière est arrivé à Buenos-Aires et a accepté de se soumettre volontairement aux analyses de la Banque Nationale de Datas Génétiques (BNDG). Les résultats se sont avérés positifs. La jeune femme est bien la fille de Carlos et de Norma.

"Je savais", nous a avoué le père, visiblement très ému, "que ce moment pourrait ne jamais arriver et, pour cette raison,  je m'étais fabriqué un mécanisme d'auto-défense qui, pour empêcher que je ne m'épuise et m'autodétruise trop tôt, protégeait mon cœur d'une cuirasse qui devenait  chaque jour plus épaisse".

Lors de cette conférence de presse destinée à annoncer la bonne nouvelle, Marcos était également présent, le petit garçon qui à l'époque ne comprenait pas ce qui se passait autour de lui et qui ne put jamais connaitre sa mère. Il est heureux, maintenant. "J'attends cet instant depuis  si longtemps", a-t-il affirmé à la presse.

On pense que quelques 500 enfants disparus furent gardés par les militaires en tant  que "butin de guerre". Les forces de répression appelaient ce système "Processus de Réorganisation Nationale". Certains enfants furent directement remis à des familles de militaires; d'autres furent abandonnés dans divers "instituts" sans fournir leur identité; d'autres furent, tout simplement, vendus.

Quand les Grands-Mères parviennent à rendre leur identité à certains d'entre eux, elles organisent une conférence de presse pour partager avec le reste de la société la joie de cette réunion, mais elles ne donnent que le nom de la famille d'origine, c'est-à-dire le nom des jeunes parents disparus qui donnèrent naissance à une jeune personne ayant vécu des années sans rien savoir de son histoire.

De nos jours, les argentins portent une reconnaissance éternelle à ces guerrières-certaines  sont âgées maintenant- qui transforment la douleur causée par la disparition d'êtres chers en un grand acte d'amour porteur d'espoir et permettant de réunir les familles avec les  enfants qui leur manquaient.

Mais ce sont les hommes et les femmes qui ont pu enfin connaitre la vérité sur leur passé qui leur vouent une infinie reconnaissance. Certains sont devenus médecins, d'autres professeurs, d'autres législateurs, comme c'est le cas pour les députés Victoria Donda et Horacio Pietragalla. qui ému par cette dernière rencontre a écrit hier sur compte Twitter:

" Le plan pervers des génocidaires qui ont essayé d'effacer jusqu'au souvenir des compagnons disparus de la mémoire de leurs enfants a été, une fois de plus, mis en échec grâce au combat des Grands-Mères de la Place de Mai".

Partie I : http://frances.prensa-latina.cu/index.php?option=com_content&view=article&id=882112:lamour-fait-des-miracles-encore-une-petite-fille-qui-retrouve-sa-famille-en-argentine-i&opcion=pl-ver-noticia&catid=49&Itemid=101


peo/may