Agence de Presse de l'Amérique Latine

Julian Assange: entre arrestations et conspirations

Par Nestor Marin

Londres, 14 mai (Prensa Latina) Trahi par l´Équateur, emprisonné au Royaume-Uni et en attente d´une possible extradition vers les États-Unis, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, pourrait également terminer dans une prison suédoise.


Le nouveau chapitre de la saga du journaliste australien a été apporté ce lundi par le Ministère Public suédois par sa décision de rouvrir une investigation concernant des prétendus délits sexuels commis par Assange dans ce pays nordique en 2010, malgré le fait qu´elle ait été archivée en 2017.

Selon la procureur-adjointe Eva-Marie Persson, l´arrestation d´Assange le 11 avril dernier à Londres, après que le gouvernement équatorien lui ait retiré la condition d´asile octroyée sept ans auparavant, mérite la réouverture du cas, et du coup son éventuelle extradition vers la Suède.

Le calvaire judiciaire du cyber-activiste a débuté en 2010, lorsqu'il a été requis par la justice britannique en raison de l´ordre de détention international émis depuis Stockholm.

Près de deux ans plus tard, en juin 2012, alors que sa remise aux autorités suédoises n´était plus qu´une question d´heures, Assange a décidé de passer outre la liberté sous caution concédée par un juge du Royaume-Uni et s´est réfugié dans l´ambassade équatorienne à Londres.

Mais avec le temps, le fondateur de WikiLeaks est passé d´une qualité d´hôte du président équatorien de l´époque, Rafael Correa, qui lui a y compris octroyé la citoyenneté équatorienne, pour se transformer en un poids incommodant pour la nouvelle administration du mandataire Lenin Moreno, qui lui a coupé l´accès à Internet et l´a confiné dans une petite chambre à l´intérieur du siège diplomatique.

Le dénouement s´est produit le 11 avril dernier, lorsque les autorités équatoriennes ont décidé de mettre fin à sa condition de réfugié, et ont ouvert les portes de la légation aux agents de Scotland Yard qui ont embarqué Assange sur leurs épaules et menotté.

Cette décision a déchainé une avalanche de critiques contre Moreno, accusé par les défenseurs du journaliste australien d´avoir cédé aux pressions des États-Unis, qui souhaitent le juger pour avoir diffusé sur WikiLeaks des centaines de milliers d´archives secrètes de la diplomatie et de l´Armée nord-américaines.

Les accusations de servilité contre le gouvernement équatorien se sont accentuées ces dernières heures, après qu´il ait été connu que Quito remettra à Washington tous les équipements et matériels informatiques utilisés par Assange durant les sept ans passés au sein de l´ambassade du pays sud-américain en tant que réfugié.

Selon les avocats du journaliste, cités par le quotidien espagnol El Pais, toute cette information permettrait aux États-Unis de construire et fabriquer de nouveaux chefs d´accusation pour soutenir leur sollicitude d´extradition.

D´autre part, et après avoir pris connaissance de la décision du Ministère Public suédois, l´actuel éditeur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, a assuré que Stockholm avait également fait l´objet de pressions politiques considérables pour rouvrir l´investigations concernant les prétendus délits sexuels.

Selon ce qu´il a rappelé, cette affaire a été rejetée en 2010 car le procureur à l´époque en charge du dossier avait déterminé qu´aucun délit n´avait été commis; puis a été reprise peu de temps après, juste au moment ou WikiLeaks s´apprêtait à publier les archives sur la guerre d´Irak.

Puis il a ajouté que les suédois ont y compris souhaité retirer l´ordre de détention contre Assange en 2013, mais que le gouvernement britannique de l´époque avait insisté pour qu´il soit maintenu en vigueur.

En plus de sa possible extradition vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks fait donc également face à une pétition similaire des États-Unis, qui souhaitent le juger pour "conspiration pour des actes de piraterie informatique", dont la peine peut aller jusqu´à cinq ans d´emprisonnement.

Mais avant d´être envoyé à Stockholm ou à Washington, le cyber-activiste, qui considère que ces allégations sont une conspiration politique à son encontre, devra tout d´abord purger sa peine de 50 semaines de prison imposée par un juge britannique pour avoir violé sa liberté sous caution octroyée en 2012.

peo/mv/nm