Agence de Presse de l'Amérique Latine

Ignacio Ramonet évoque Cuba, le Venezuela et l´Amérique Latine depuis la Russie

Par Antonio Rondón García

Saint-Pétersbourg, Russie, 4 octobre (Prensa Latina) Le blocus imposé par les États-Unis à Cuba est injustifiable, car cette île stabilise la région des Caraïbes, du golfe du Mexique et de l’Amérique Centrale, a déclaré mercredi le fondateur de Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet.


En outre, Cuba n’exporte rien de négatif : ni violence, ni groupes armés, ni narcotrafiquants, ni instabilité ou désordre, mais c’est un État qui exporte des médecins, des enseignants, qui aide Haïti et les nations d’Amérique Centrale, un pays stabilisateur, a déclaré Ramonet à Prensa Latina.

Toute puissance régionale ayant une attitude intelligente souhaiterait une relation normale avec Cuba, qui est un élément positif, a déclaré le journaliste dans le cadre du IVème Forum Russie-Amérique Latine.

Le blocus économique imposé par les États-Unis à l’île ne se justifie pas rationnellement, pas plus qu’il ne l’est de manière électorale, a estimé le journaliste espagnol résidant en France.

La communauté cubaine aux Etats-Unis, constituée à près de 50 pour cent d’une émigration économique, ne voit pas l’intérêt de punir l’ensemble la population où se trouve sa propre famille, a-t-il expliqué.

Toutes les statistiques montrent que lorsque Barack Obama a pris la décision de normaliser ses relations avec Cuba, il savait que cela n’aurait aucun coût électoral négatif, sinon plus positif, a déclaré Ramonet.

L’ex-candidate démocrate Hillary Clinton a écrit dans son mémoire qu’une politique sans succès pendant près de 60 ans ne fonctionnerait pas non plus à l’âge de 62 ans, même si elle nuit gravement à la société cubaine, a affirmé l’un des intervenants du IVème Forum Russie-Amérique Latine.

C’est pour ça que Trump a tort. En outre, il devra se concentrer sur sa réélection dans des conditions difficiles à cause de l’impeachment, non seulement au sujet de l’Ukraine, mais aussi pour un autre dossier qui est apparu en Australie, a-t-il commenté.

Ramonet estime que Trump devra d’une certaine manière parvenir à la rationalité dans sa politique, au lieu de se laisser guider par quatre fanatiques qui ont voulu l’utiliser.

Ni même des dirigeants hostiles comme les Bush père et fils n’ont pas mis en œuvre le titre III de la loi Helms-Burton, parce qu’ils savaient que cela créerait des problèmes complexes qui n’auraient pas de solution, a estimé Ramonet, l’un des 500 participants de 39 pays à ce forum bisannuel.

Cuba a toujours voulu indemniser les personnes touchées par les nationalisations. Les Européens ne protestent pas car de nombreuses entreprises espagnoles, anglaises, allemandes ou italiennes ont été indemnisées. Mais les Etats-Unis ont interdit à leurs citoyens de recevoir une telle indemnisation, c’est-à-dire qu’on leur ment y compris sur la loi Helms-Burton elle-même, a estimé l´académicien.

Contre le Venezuela, en revanche, un blocus beaucoup plus sauvage et improvisé est appliqué, mais il a un élément causant plus de ravages : le blocus financier, a commenté l’auteur de 'Cent heures avec Fidel'.

Ainsi, il n’y a pas de circuits financiers par lesquels le gouvernement ou les autorités vénézuéliennes peuvent faire circuler les fonds ou les ressources pour acheter des denrées alimentaires, médicaments ou pièces de rechange nécessaires à la société et à l’industrie vénézuéliennes, a expliqué le publiciste.

Mais le président Nicolas Maduro, qui a l’exemple de ce qui a été fait par Cuba et en son temps par Fidel Castro, ne va pas donner son bras à tordre, a estimé le journaliste espagnol.

En outre, Maduro a été élu deux fois et je crois donc que là-bas non plus les États-Unis n’obtiendront aucun résultat, bien qu’ils causent des souffrances aux citoyens du pays sud-américain, a estimé Ramonet.

D’un autre côté, Trump s’est débarrassé de son conseiller John Bolton qui était l’homme capable d’amener une guerre chaque matin, comme il l’a lui-même expliqué, et peut-être l’un des architectes de cette politique d’asphyxie de certains pays, a signalé le fondateur de Monde Diplomatique.

Pour le docteur Honoris Causa de cinq universités du monde, les vents changent maintenant en Amérique Latine, car il va y avoir des élections en Argentine, avec une possible victoire du péronisme progressiste et en Bolivie doit gagner Evo Morales, a-t-il prédit.

De même, nous voyons que Jair Bolsonaro est incapable de gouverner le Brésil et nous ne savons pas s’il arrivera à la fin de son mandat, car à peine un an après son élection, les opinions publiques sont en faveur de Luiz Inacio Lula da Silva, a estimé le publiciste.

On sait qu’il y a eu ruses et duperies dans la condamnation de Lula et que le Parti des Travailleurs peut donc gagner les élections, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, au Mexique, Andrés Manuel López Obrador est arrivé à la présidence, au Panama un progressiste à été élu, et le Parti de la Libération Dominicaine devrait gagner en République Dominicaine, a prédit l’expert.

Nous ne voyons pas le cycle de droite, le président Ivan Duque a gouverné pendant un an en Colombie et il est impossible de voir ce qu’il a fait, car il n’a même pas pu conserver cette grande acquisition du gouvernement de Juan Manuel Santos qui est la paix avec la guérilla colombienne et la fin de la guerre, a-t-il estimé.

Nous avons l’expérience de la droite, comme celle de Duque, de Bolsonaro ou de Mauricio Macri en Argentine, qui s’effondre toute seule comme un tsunami, sans que personne ne le touche, ou le cas de la crise politique au Pérou, un pays moteur de l’Alliance du Pacifique, a expliqué Ramonet.

Les vents ne sont pas favorables au néolibéralisme ou au conservatisme et, avec un peu de patience, nous verrons les forces progressistes revenir en Amérique Latine, a-t-il estimé.

Jpeo/ha/to