Agence de Presse de l'Amérique Latine

Chao Piñera !

Par Manuel Cabieses Donoso (pourPrensa Latina) *

Santiago du Chili, 31 octobre (Prensa Latina) Le gouvernement du président SebastiánPiñera est terminé. La rue a révoqué son mandat et exige sa démission. Désormais, le rôle de ce gouvernement sera réduit au goutte-à-goutte de concessions visant à apaiser l’indignation populaire.


Les augmentations de salaires et de pensions, la réduction des revenus des parlementaires, des ministres et des hauts fonctionnaires, la baisse des prix des médicaments, le gel des tarifs de l’électricité, de l´eau et des péages des autoroutesfont la queue dans la liste des demandes pour attaquer la tumeur maligne du modèle néolibéral.

L’oligarchie, craignant de perdre ses privilèges, ne veut pas être entraînée dans l’effondrement du gouvernement.

Alfonso Swett, président de la puissante Confédération de la Production et du Commerce (CPC) qui gouverne le Chili depuis 1973, a déjà levé le drapeau blanc pour demander une trêve.

Et au nom du comité exécutif de la CPC, il a exprimé : 'Nous devons élargir nos cœurs avec générosité. Nous savons que nous devons mettre nos mains au portefeuille et que ça fait mal...'.

Il a ajouté que les employeurs vont engager un dialogue avec leurs travailleurs pour répondre à leurs demandes en matière de salaires et d’endettement de leurs familles.

Il convient de noter que l’endettement est l’un des problèmes les plus graves qui touchent les chiliens. Il compromet 73,3 % du revenu familial. Les débiteurs dépassent les 4,5 millions. Un moratoire général et l’annulation des dettes usuraires envers les banques seront sans aucun doute la priorité d’un prochain gouvernement.

Si le président Piñera, représentant d’une droite libérale critique du terrorisme d’État, voulait soulager la crise que vit le pays et faciliter le passage pacifique à une démocratie fondée sur la justice sociale, il devrait abdiquer. Sa démission est l’une des principales revendications du peuple aux côtés de celle d´une Assemblée Constituante.

Un gouvernement provisoire pourrait immédiatement convoquer un plébiscite pour convoquer une Assemblée Constituante, élue par les citoyens, qui élaborerait une constitution démocratique. Le jeu en cours destiné à laisser au Congrès le pouvoir constitutif est une épreuve que le pays ne supportera pas.

Mais tout cela n´est pas si simple. Le modèle moribond a encore des ressources pour essayer de démoraliser et de déjouer la protestation. L’une de ses astuces est de prolonger le conflit et de le conduire à l’épuisement. Le changement de cabinet et la batterie de concessions obéissent à cette stratégie.

Une autre manœuvre en cours est la guerre psychologique visant à créer la peur dans de vastes secteurs face aux incendies et au pillage de bandes criminelles qui agissent avec la bienveillance de la police.

On cherche à isoler le noyau fondamental du mouvement : travailleurs, retraités et classes moyennes.

Près de quatre millions de travailleurs constituent une partie de la population active (42 %) qui, avec les classes moyennes, les fonctionnaires et les services domestiques, atteignent une majorité de près de 70 %.

Mais si cette force énorme ne reste pas unie et ne se dote pas d’une direction respectée, les funérailles du néolibéralisme peuvent se prolonger. La lutte doit aujourd’hui être comprise comme l’affrontement de tous contre le 1 % qui a pillé le pays pendant 30 ans.

La stratégie du changement requiert une grande ampleur et une grande cohésion sociale.

Nous avons devant nous une tâche énorme de construction d´une force sociale et politique. L’espace de la culture et des arts joue un rôle vital dans cette rencontre avec la démocratie.

Nous avons besoin d’une révolution culturelle pour construire une société différente qui respecte les valeurs essentielles de la démocratie perdue en 1973 et qui soit capable de l´adapter à la nouvelle époque de l’humanité.

La réaction exemplaire et merveilleuse de la population face aux abus et à la corruption du système exige des solutions plus profondes. Nous n’avons jamais été si près du changement que nous permette d’atteindre la démocratie, l’égalité et la justice longtemps différées.

peo/arb/rc/mcd

*Auteur et journaliste chilien reconnu, directeur de Punto Final.