Agence de Presse de l'Amérique Latine

Campagne contre les crimes d’État en Colombie

Bogota, 1er novembre (Prensa Latina) Des organisations de défense des droits de l’Homme ont lancé hier en Colombie la Campagne pour la vérité, qui cherche à mettre en évidence des crimes d’État et à assurer le suivi de la comparution de militaires devant la Juridiction Spéciale pour la Paix.


Cette initiative vise également à susciter un débat public sur la vérité concernant les meurtres commis avec la participation d’agents de l’État ou avec la complicité de groupes paramilitaires dans le contexte du conflit armé.

Cette campagne a pris une importance particulière depuis plusieurs jours, notamment à partir de la polémique suscitée par l’effacement dans cette capitale d’une fresque dénonçant des exécutions extrajudiciaires, à travers lesquelles des civils assassinés ont été présentés comme morts au combat.

Le 18 octobre dernier, alors qu’un groupe de graphistes réalisait une fresque évoquant les exécutions extrajudiciaires dont seraient responsables de hauts gradés de l’armée, ils ont été intimidés par des agents de la force publique.

Ces agents ont effacé les visages des personnes faisant l’objet d’une enquête pour les meurtres de 5 763 civils faussement présentés comme morts au combat, et les faisant donc passer pour des membres de guérillas.

La fresque exposait les visages de Juan Carlos Barrera, Adolfo Leon Hernández, Mario Montoya, Nicacio Martínez et Marcos Evangelista, hauts responsables de l’armée faisant l’objet d’une enquête pour leur participation à ces assassinats entre 2000 et 2010.

Plusieurs personnes s’élèvent pour critiquer ce qui s’est passé, notamment sur les réseaux soulignant que l´Armée censure une fresque d´artistes.

« Aide-nous à reproduire dans différentes villes et dans différents formats le dessein de la fresque que l’Armée a effacée. Nous allons vous montrer que devant la censure, toute la Colombie s’associe à la Campagne Pour la Vérité, a écrit sur Twitter le Mouvement National des Victimes de Crimes d’État, considérant qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression.

Le défenseur des droits de l’Homme Francisco Castellanos a déclaré : 'Qui a donné l’ordre d’effacer la peinture murale qui demandait qui a donné l’ordre d’assassiner des milliers de jeunes en Colombie? '

Hernán Camacho, chroniqueur de l´hebdomadaire VOZ, a déclaré : « ils peuvent effacer leur visages des murs, mais l’histoire ils ne pourront pas la changer. Ils ont tué des jeunes pour faire croire qu’ils gagnaient la guerre et pour que les politiciens ne perdent pas les élections ».

« Ils peuvent effacer une fresque, mais jamais la mémoire. Des milliers de jeunes ont été tués par l’Armée de Colombie sous le gouvernement de l’ancien président (Alvaro Uribe). La lutte pour la justice ne sera pas stoppée,  même s´ils tendent des rideaux de fumée », a déclaré Zoraida Hernández, avocate et défenseuse des droits de l’Homme.

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