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Cuba rejette les prétextes des autorités putschistes en Bolivie pour suspendre les relations diplomatiques

La Havane, 27 janvier (Prensa Latina) Cuba a rejeté en termes très clairs les prétextes invoqués par les autorités putschistes en Bolivie pour suspendre les relations diplomatiques avec l’île, allégations que la Chancellerie considère comme trompeuses et fallacieuses.


Dans une déclaration publiée ce week-end, le Ministère des Affaires Étrangères affirme que depuis son arrivée violente au pouvoir, le 12 novembre 2019, des membres du gouvernement de facto de ce pays ont pris des mesures systématiques pour détériorer et entraver les relations bilatérales avec Cuba.

Prensa Latina vous offre ici le texte intégral de la déclaration du Ministère cubain des Relations Extérieures :

Le ministère des Affaires étrangères de l’État plurinational de Bolivie a annoncé que le gouvernement putschiste de ce pays avait décidé de suspendre ses relations diplomatiques avec la République de Cuba, dont, allègue-t-il, le gouvernement a entravé systématiquement les rapports bilatéraux et s’est montré hostile aux autorités boliviennes.

Le ministère cubain des Relations extérieures rejette catégoriquement les accusations infondées du gouvernement de facto bolivien.

Depuis que ce gouvernement de facto s’est emparé violemment du pouvoir le 12 novembre 2019, certains de ses membres ont travaillé systématiquement à dégrader et à entraver les relations bilatérales avec Cuba.

Les autorités de facto ont orchestré contre Cuba une campagne de mensonges et d’intoxication féroce, notamment contre sa coopération médicale, incitant publiquement à la violence contre notre personnel de santé et se livrant à des perquisitions et à des fouilles brutales, illégales et injustifiées des coopérants cubains, et procédant à de fausses accusations et à des arrestations.

Dès le 14 novembre 2019, ces autorités ont demandé à Cuba de retirer son ambassadeur, qui est rentré définitivement, en tout bien tout honneur, à La Havane le 7 décembre, après avoir garanti et exécuté d’une façon impeccable le retour de jusqu’au dernier des coopérants, le personnel diplomatique qui a organisé et accompagné leurs déplacements dans des zones dangereuses ayant couru des risques notables. Du 15 au 20 novembre, le ministère des Affaires étrangères de facto a de façon unilatérale retiré tout le personnel bolivien accrédité à Cuba.

Toujours le 14 novembre, la soi-disant ministre des Communications a émis des déclarations calomnieuses contre le personnel diplomatique cubain et ses familles, dont des offenses envers l’ambassadeur, allant jusqu’à proférer l’accusation farfelue que sa femme avait organisé des manifestations et la résistance au coup d’État, alors que celle-ci n’a jamais mis les pieds dans ce pays…

Le 15 novembre 2019, dans le cadre de cette campagne, la police a, sans aucun mandat judiciaire, perquisitionné la Clinique du coopérant, propriété de la République de Cuba à La Paz, emportant des équipements, des matériels et d’autres biens, le personnel de l’ambassade cubaine n’ayant pu à ce jour entrer dans cette propriété de l’État cubain.

Le 18 novembre, cherchant à alimenter l’hystérie par une dénonciation ridicule, ces autorités de facto ont impliqué des citoyens cubains inexistants dans un prétendu projet d’attentat contre des autorités putschistes au Beni.

Le 8 janvier 2o2o, le ministre désigné de la Santé a, en conférence de presse, accusé nos coopérants de ne pas être des professionnels et de réaliser un travail d’endoctrinement. Il était accompagné par Gonzalo Medinacelli, colonel de la police bolivienne, au service de l’ambassade étasunienne à La Paz et principal instigateur et protagonistes des incidents contre nos coopérants.

La présidente de facto a, le 22 janvier, dans son Message à la nation de l’État plurinational de Bolivie, parlé d’une façon offensante de « faux médecins cubains », ignorant le travail altruiste et professionnel de notre personnel de santé, et affirmé d’une manière calomnieuse que 80 p. 100 des fonds de la Brigade médicale cubaine en Bolivie étaient transférés à notre pays « afin de financer le castro-communisme qui maintient le peuple cubain dans la soumission et l’esclavage ».

Comme le ministère cubain des Relations extérieures l’a dénoncé opportunément le 5 décembre 2019, ce soi-disant ministre de la Santé « exagère sans vergogne le montant des honoraires que touchent les spécialistes cubains, en fait inférieurs à ceux des généralistes boliviens, et cache le fait que Cuba n’a pas reçu un centime de profit de sa coopération ». L’argent touché par la brigade médicale cubaine en Bolivie servait à couvrir les dépenses des coopérants et n’a donc jamais été viré à Cuba. Le budget de la brigade était adopté selon les procédure boliviennes d’assignation correspondantes, y compris devant le parlement, et faisait l’objet d’audits par le ministère bolivien de la Santé et par d’autres autorités.

Nous n’avons pas l’habitude de divulguer ce que nous coûte notre coopération médicale, parce que notre peuple, malgré le blocus et les difficultés économiques, l’assume avec générosité et altruisme, comme un devoir à remplir modestement.

Mais les injures dont on nous abreuve nous oblige à révéler les faits. La coopération médicale cubaine avec la Bolivie a démarré en 1985 par le don de trois salles de soins intensifs à des hôpitaux pédiatriques. De 2006 à 2012, Cuba a pris en charge tous les frais de cette coopération, soit plus de deux cent millions de dollars par an, dont l’équipement médical, les médicaments, les entrants et le matériel jetable, le maintien de la brigade cubaine, le transport aérien des coopérants et les frais d’équipements médicaux. Ensuite, compte tenu de la situation favorable de son économie, la Bolivie a pris en charge la prestation de ces services médicaux, sans avoir jamais, toutefois, viré un seul dollar à Cuba qui n’a jamais reçu le moindre revenu à ce  titre. Parallèlement, 5 184 étudiants boliviens ont fait des études de médecine à Cuba, complètement à nos frais.

Aucune des autorités de facto n’a osé reconnaître que, par suite de son dévouement et de sa conduite professionnelle et strictement humanitaire, le personnel de santé cubain, composé de femmes à 54 p. 100, a fait 77 330 447 consultations, 1 529 301 interventions chirurgicales, 60 640 accouchements, 22 221 vaccinations et 508 403 opérations ophtalmologiques, tous services dont le peuple bolivien est maintenant privé depuis le départ de nos coopérants de santé.

Le 22 janvier 2020, le ministre des Hydrocarbures, tout autant désigné que ses collègues, a fait savoir que la Bolivie avait rompu un contrat commercial de vente d’urée à une entreprise cubaine, sous prétexte qu’il s’agissait d’un « cadeau » à Cuba, « car à un cours trop bon marché par rapport aux cours internationaux ». Les putschistes mentent à nouveau pour justifier leurs décisions :  le prix accordé avec l’entreprise cubaine correspondait aux références internationales qui servent de base à la vente de ce produit.

Le gouvernement de facto bolivien affirme dans son communiqué officiel que le gouvernement cubain entrave les relations bilatérales prétendument basées sur le respect mutuel et sur le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures. Or, le 20 janvier, une citoyenne cubaine dont les agissements contre son pays sont notoires, au service et à la solde de puissances étrangères, a été reçue au Palais présidentiel de La Paz pour parler de « la situation du peuple cubain », ce qui est bel et bien un acte d’ingérence dans les affaires intérieures de la République de Cuba et un geste de complicité avec les campagnes hostiles orchestrées contre elle.

Bien entendu, rien de tout ceci ne s’explique sans les pressions que l’administration étasunienne exerce pour réimposer la Doctrine Monroe dans Notre Amérique ni le durcissement du blocus des USA et de son hostilité contre Cuba. Nul n’ignore les pressions que l’administration Trump exerce sur d’autres pays pour les contraindre à adopter ses politiques néolibérales, unilatéralistes, coercitives qui violent en plus le droit international.

Dès le premier jour du putsch, des fonctionnaires de l’administration étasunienne ont exercé des pressions sur la Bolivie pour entraîner la dégradation des relations avec Cuba, persécuter les médecins cubains, harceler les diplomates et torpiller une coopération médicale favorable au peuple bolivien. Comme nous l’avons dénoncé opportunément, des fonctionnaires « diplomatiques » des Etats-Unis ont participé directement à certaines de ces opérations répressives et violentes contre le personnel de santé cubain.

Il n’est pas du tout fortuit que les faits que nous dénonçons ici coïncident avec la campagne brutale, politiquement motivée, que l’administration étasunienne orchestre contre la coopération médicale que Cuba offre dans des dizaines de pays et qui constitue un symbole de solidarité mondial.

Quand, une fois les premiers jours écoulés, les autorités putschistes ont fait des déclarations en reconnaissance des coopérants cubains et appelé à stopper les actions contre eux, des fonctionnaires étasuniens ont intensifié leurs pressions. On comprend pourquoi, le 19 novembre, le secrétaire d’État Michael Pompeo s’est exclamé : « L’expulsion de centaines de fonctionnaires cubains a été une décision correcte. Bravo, la Bolivie ! »

Le 15 janvier, les autorités putschistes de La Paz ont accueilli au son du tambour Mauricio Claver-Carone, conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, qui exerce comme contremaître dans l’agression et le blocus contre Cuba, une « cause » à laquelle il s’est voué depuis tout jeune.

Le 21 janvier, elles ont reçu tout aussi bruyamment le secrétaire d’État adjoint, David Hale, dans le cadre de la tournée impudique de Pompeo dans notre région. Le jour de cette annonce qui ravit Washington, le ministre de facto des affaires étrangères se trouvait justement dans les bureaux du département d’État.

Les autorités putschistes boliviennes ne devraient pas faire retomber sur Cuba la responsabilité de leur décision de suspendre les relations diplomatiques. Ce n’est pas de notre gouvernement ni de notre peuple qu’émanent l’hostilité et les offenses. Cuba a fait preuve de patience et de prudence, au nom de la défense et de la protection de ses ressortissants, et a évité la confrontation malgré les agissements blâmables des putschistes.

Le ministère cubain des Relations extérieures réitère son respect envers les principes et les normes du droit international qui régissent les relations entre les États et s’en tient strictement à son obligation de ne pas s’ingérer, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures d’autres États.

La Havane, le 25 janvier 2020.

Peo/