Agence de Presse de l'Amérique Latine

Violence, féminicides et émigration au Honduras

Tegucigalpa, 5 février (Prensa Latina) À seulement un mois du début de l’année 2020, le Secrétariat hondurien à la sécurité a comptabilisé 269 homicides enregistrés à ce jour, ce qui reflète la situation critique de violence dans ce pays d’Amérique Centrale.


Malgré le nombre élevé de décès, le rapport publié par l’entité indique qu’il y a eu en janvier une légère baisse de 2,9 % des homicides par rapport à la même période en 2019 (277).

Le nombre moyen quotidien d’assassinats sur le territoire hondurien a été de 8,8 pour 100 mille habitants le mois dernier, ce qui représente une baisse de 0,23 point par rapport au premier mois de l’année précédente (9,03 %), a précisé l’organisme.

À cet égard, ce Secrétariat a souligné que les provinces de Tegucigalpa, San Pedro Sula et El Progreso ont les taux d’homicides les plus élevés, avec respectivement 36, 27 et 12 meurtres.

En termes annuels, les chiffres officiels indiquent qu’en 2019, le Honduras a enregistré 3 996 homicides, soit une augmentation de 7,1 % par rapport à 2018 (3732 homicides).

Par ailleurs, le rapport du Secrétariat à la sécurité a révélé que 9 victimes honduriennes sur 10 d’homicide sont des hommes, alors que 6 sur 10 sont des citadins.

Il a également évoqué le fait que 80 % des personnes décédées sont des personnes économiquement actives âgées de 18 à 50 ans et que près de 6,5 % sont des mineurs.

La violence causée par le crime organisé et le trafic de stupéfiants est l’un des principaux problèmes du pays, territoire utilisé pour le passage de la drogue de l’Amérique du Sud vers les États-Unis.

Le gouvernement présidé par Juan Orlando Hernández tient les gangs Mara Salvatrucha (MS13) et Barrio 18 pour responsables de la plupart des homicides enregistrés, ayant pour mobile la dispute de territoires pour le mouvement des stupéfiants et la collecte d’extorsions.

Par ailleurs, la directrice de l’Observatoire de la violence de l’Université nationale autonome, Migdonia Ayestas, a déclaré hier qu´une femme meurt de manière violente toutes les 23 heures au Honduras.

Au cours du premier mois de 2020, il y a eu plus de 31 victimes, et 55 % ont été tuées par leur mari ou conjoint, a précisé la chercheuse.

Ayestas a expliqué que les féminicides commis par le partenaire sentimental démontre la 'conduite androcentrique', c’est-à-dire que l’homme se croit le centre de l’univers, du monde et de la famille.

'Le pays a besoin d’une culture de paix et d’éviter que les mineurs n’aient la pensée que les hommes commandent pour que les femmes soient assassinées si elles ne leur obéissent pas', a estimé l’enseignante.

«Par l’éducation, l’État doit enseigner aux enfants le sens de la violence et comment ne pas être violent, et également leur apprendre que les filles et les garçons sont égaux et aider les parents à être l’exemple de la non-violence', a estimé Ayestas.

En 2019, 390 féminicides ont été enregistrés dans le pays et, au cours de la dernière décennie, près de 5 000 femmes sont mortes de manière violente; 2013 a été l’année la plus funeste avec 636 crimes de ce type, selon les chiffres officiels.

D’autres données mettent en évidence l’incidence des rares possibilités d’emploi dans le pays, car pour de nombreuses femmes, le mari est une ressource de vie irremplaçable, situation liée à des siècles de soumission.

Le salaire moyen des femmes qui réussissent à travailler représente environ 67 % de celui des hommes dans les mêmes conditions de travail, de compétences et d’expérience professionnelle.

Les femmes représentent un peu plus de la moitié des neuf millions d’habitants du Honduras.

D´autre part, des médias ont estimé que chaque jour, sept enfants honduriens cherchent à se rendre seuls et sans papiers aux États-Unis.

En janvier dernier, 233 mineurs ont émigré dans ces conditions, mais ont été rapatriés du Mexique et du Guatemala, selon Tania Padilla, fonctionnaire du Programme de réadaptation des enfants et des adolescents.

Sur la même période, 466 autres d´entre eux étaient accompagnés de leurs parents ou de leur famille et ont été renvoyés aux autorités honduriennes, selon la fonctionnaire.

Les mineurs qui sont rentrés au cours de cette période sont pour la plupart des départements de Francisco Morazán et Cortés, tandis que d’autres viennent de la partie occidentale du pays, a-t-elle précisé.

À leur retour, a expliqué Padilla, ils ont présenté des problèmes d’estomac, de piqûres d’insectes, des infections respiratoires et des affectations psychologiques causés par ce périple, et ont reçu des soins médicaux, psychologiques, juridiques et sociaux.

La fonctionnaire a souligné que la Direction de l’enfance, de l’adolescence et de la famille (Dinaf) avait déplacé du personnel dans les zones frontalières en raison du départ en janvier de la deuxième caravane de migrants depuis San Pedro Sula, dans le nord du pays.

Des mesures ont été prises pour empêcher les enfants non accompagnés et sans papiers de voyager, a-t-elle déclaré.

Un rapport de l’Observatoire consulaire et migratoire, publié en 2019, indique que les honduriens émigrent principalement pour des raisons d´abord économiques, puis fuient la violence et cherche à obtenir un regroupement familial.

Selon la Dinaf, au cours des 34 premiers jours de 2020, mille 128 mineurs, seuls ou accompagnés, ont regagné le pays, soit en moyenne 33 enfants par jour.

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