Agence de Presse de l'Amérique Latine

Cuba et le syndrome de Washington

Par Mario Muñoz Lozano*

La Havane, 7 mars (Prensa Latina) Des scientifiques de Cuba, du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande, du Canada et des États-Unis se sont réunis cette semaine pour élucider si un groupe de diplomates étrangers a réellement été attaqué, il y a deux ans, dans cette capitale.


En cette occasion, sous le titre attractif « Le syndrome de La Havane existe-t-il? », des chercheurs prestigieux sont revenus pendant deux jours sur le sujet controversé qui en 2017 a été converti en un nouveau prétexte de la Maison Blanche pour intensifier le blocus imposé contre l’île.

Les prétendues attaques « acoustiques »contre des diplomates des États-Unis et du Canada ont été utilisées à des fins politiques pour accuser Cuba d’agresseur sans aucune preuve, ni des faits, de ses circonstances et encore moins de la participation cubaine.

Dans le plus grand des styles hollywoodiens, avec des armes ultrasecrètes, super-modernes, presque galactiques comme protagonistes, ces incidents dramatiques ont servi de prétextes pour assombrir encore un peu plus les relations fatidiques entre Cuba et les États-Unis.

Depuis lors, le gouvernement de Donald Trump a empêché la communauté scientifique d’avoir accès à des informations de première main et de débattre ouvertement de la question avec toutes les cartes sur la table.

En représailles aux prétendus incidents, Washington a fait quitter La Havane une grande partie de ses diplomates et a lancé une campagne contre le tourisme à destination de Cuba, qui se poursuit encore aujourd’hui sous la prétendue menace de se rendre sur l’île.

À la mi-2019, Johana Tablada, vice-directrice de la Chancellerie cubaine pour les États-Unis, a déclaré qu’après deux années de grande spéculation et peu d’information et de coopération, la fermeture des services consulaires, l’expulsion des diplomates cubains de Washington et d’autres mesures ne sont toujours pas justifiée.

REMUER LE PASSÉ

Cette récente rencontre de chercheurs dans cette capitale a à nouveau remué le passé depuis une optique scientifique pour tenter de trouver des explications possibles aux prétendus incidents de santé rapportés par des diplomates étasuniens, puis canadiens, depuis 2017.

Organisé par l’Académie des Sciences de Cuba en coordination avec le Centre de Neuroscience de Cuba (Cneuro), des scientifiques de plusieurs pays ont continué de rechercher l’origine de l’eau dans la noix de coco sur un sujet aussi épineux. Les participants ont débattu des multiples aspects de l’enquête sur les incidents qui auraient affecté des fonctionnaires nord-américains.

Dès le début, le directeur de Cneuro, le Dr Mitchell Valdés-Sosa, a reconnu l’importance de l’événement pour Cuba parce que 'ce qui s’est passé n’est toujours pas éclairci', même s’il a prédit qu´ 'avec le temps la vérité sera connue'.

Lors de déclarations à la presse, il a souligné que des représentants aux points de vue différents ont assisté séminaire.

Valdés-Sosa a défendu la position des scientifiques cubains qui, dès les premières études, ont rejeté l’hypothèse d’attaques présumées contre des fonctionnaires étasuniens, sans toutefois nier que les diplomates pourraient avoir eu des problèmes de santé.

Il a en outre reconnu le caractère critique et respectueux de la présentation des évidences scientifiques présentées lors du forum afin de parvenir aux meilleures conclusions, lesquelles ont à nouveau rejeté les théories avancées par le Département d’État nord-américain pour justifier la régression des relations bilatérales avec Cuba.

La théorie primaire des 'attaques soniques' contre des diplomates étasuniens dans la capitale cubaine, que la presse internationale a baptisée 'syndrome de La Havane', a été à nouveau discréditée.

À ce sujet, le directeur de la prestigieuse institution cubaine a déclaré qu’il n’existait aucun élément scientifique prouvant l’existence d’une attaque délibérée contre des diplomates des États-Unis et du Canada.

Celui qui est également membre du Comité d’experts cubains qui a enquêté sur ces événements a reconnu que le terme 'syndrome de La Havane' correspond davantage à une production médiatique réalisée par certains secteurs qu’à une base scientifique solide.

Il a assuré que les débats ont été fructueux et que, malgré les divergences sur les causes des incidents, les experts ont rejeté les théories de Washington sur les attaques soniques.

L’une des hypothèses examinées était celle d’une possible contribution psychogène à la santé des fonctionnaires. Valdés-Sosa a souligné que les facteurs de stress ont sans aucun doute pu jouer un rôle important.

Personne ne nie que les diplomates aient eu des symptômes de malaise tels que maux de tête, manque de sommeil, entre autres, a-t-il souligné.

Une autre théorie avancée par des scientifiques canadiens lie les troubles présumés à l’utilisation excessive d’insecticides à l’intérieur de leur ambassade à La Havane.

À cet égard, le directeur du Cneuro a noté que cette hypothèse génère une incertitude du côté cubain, car la population locale n’a pas été affectée par un phénomène similaire bien qu’elle reçoive également des doses d’insecticides liées aux campagnes contre le moustique Aedes aegypti, porteur de la dengue, et d’autres virus.

Les experts réunis à La Havane se sont accordés sur la nécessité que le Gouvernement des États-Unis partage l’information sur le sujet entre les mains du Bureau Fédéral d’Investigation (FBI).

Valdés-Sosa a critiqué le fait que la collaboration avec les institutions nord-américaines n’ait pas évolué au niveau requis, et qu’il a trouvée très différente des échanges soutenus avec les contreparties canadiennes, avec lesquels la recherche progresse encore.

Le professeur néo-zélandais Robert E. Bartholomew a admis qu’il y « a trop de politique en jeu et pas assez de science dans cette affaire » et a demandé aux autorités étasuniennes de partager leurs recherches par le biais des principes de partenariat et de transparence.

En fin de compte, malgré toute l´attention accordée à la question, l’une des conclusions du forum a de nouveau été la même que celle des études et réunions précédentes : «Il n’existe pas la moindre preuve ou explication scientifique justifiant qu’il y ait eu à Cuba des attaques contre des diplomates des États-Unis ou même un syndrome », a déclaré le chancelier cubain Bruno Rodriguez sur Twitter.

Il est par contre évident que derrière tant de mensonges se cache le syndrome de Washington, qui affecte la Maison Blanche depuis maintenant 60 ans : essayer de renverser le Gouvernement révolutionnaire cubain et l’exemple de son peuple invaincu.

*Journaliste de la rédaction nationale de Prensa Latina

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