Agence de Presse de l'Amérique Latine

Agonie en Irak pour enterrer les morts du Covid-19

Par Armando Reyes *

Beyrouth, 31 mars (Prensa Latina) Outre la situation économique critique aggravée par la pandémie du Covid-19, les musulmans en Irak font face à l’agonie d’enterrer leurs morts selon les exigences de l’islam.


La tradition veut que les défunts soient baignés par les adultes de la famille -hommes pour hommes et femmes pour femmes- et après les envelopper dans du tissu blanc; l’enterrement doit avoir lieu dans les trois jours suivant le décès.

Mais en Irak, toute cette cérémonie est maintenant refusée aux victimes du Covid-19 par crainte de contagion.

Saad Malik est un exemple de ce qui se passe aujourd’hui, alors que perdre son père en raison de la pandémie n’était que le début d’un cauchemar.

Les cimetières du pays refusent de recevoir le corps du vieil homme au motif que la maladie pourrait contaminer les résidents voisins.

Les autorités religieuses iraquiennes et les habitants ont rapatrié des cadavres du Covid-19 dans les morgues des hôpitaux où ils s’accumulent.

'Nous n’avons pas pu célébrer un enterrement et nous n’avons pas pu l’enterrer, bien que plus d’une semaine se soit écoulée depuis sa mort', déclare Malik.

Des hommes armés, soi-disant chefs tribaux, l’ont menacé, ainsi que sa famille et ses amis, de mettre le feu à ses biens s’ils tentaient d’inhumer le corps dans leurs zones respectives.

Les autorités iraquiennes ont confirmé plus de 500 cas d’infection et 42 décès dus au SARS-CoV-2, mais il est estimé que ces chiffres ne correspondent pas à la réalité.

Dans certaines régions, les autorités locales prennent des mesures extrêmes, comme dans le cas d’une zone de la capitale dont les chefs tribaux ont empêché des représentants du Ministère de la Santé d’inhumer quatre morts du Covid-19.

Lorsqu’ils ont tenté de transporter les corps dans un autre cimetière dans le sud-est de Bagdad, des protestations ont débuté et ils n’ont eu d’autre choix que de les ramener à la morgue.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il n’y a pas encore de preuve que le coronavirus puisse se propager par les cadavres, a précisé le porte-parole du Ministère iraquien de la Santé, Seif al-Badr.

Le gouvernement, a-t-il dit, prend toutes les précautions possibles en enveloppant les corps dans des sacs, en les désinfectant et en les plaçant dans des cercueils spéciaux.

Telle est la situation avec seulement 40 morts. Et si ça empire ? Où va-t-on mettre les corps ?, demande les familles des victimes.

La pandémie dans les hôpitaux menace également de s’aggraver avec seulement 14 lits pour 10 mille personnes.

arb/arc

*Correspondant de Prensa Latina au Liban.