Agence de Presse de l'Amérique Latine

Le Honduras, contre la non-mémoire à 11 ans du coup d’État

Tegucigalpa, 29 juin (Prensa Latina) Malgré le silence, ou la mauvaise mémoire des grands médias, le 11ème anniversaire du coup d’État contre l’ancien président Manuel Zelaya, a été un sujet de débat au Honduras ce week-end.

Zelaya lui-même, actuellement coordinateur général du parti Liberté et Refondation (Libre), a déclaré sur le réseau social Twitter que rien n’avait changé depuis.

Nous continuons dans des résistances et eux dans l’impunité de la dictature, a souligné l’ancien mandataire.

Un collègue latino-américain qui, dix ans plus tard, a connu le même sort, le Bolivien Evo Morales, a-t-il manifesté en référence au coup d´État du 10 novembre dernier en Bolivie.

Puis du Venezuela le président Nicolas Maduro a également qualifié la date du 28 juin 2009 comme le début de la nouvelle persécution des États-Unis contre les processus révolutionnaires en Amérique Latine.

Au Honduras, le journal numérique Criterios a sauvé l’honneur de l’histoire récente de ce pays d’Amérique Centrale en offrant sa tribune médiatique à un père jésuite et à un sociologue, qui ont analysé le recul démocratique de la nation durant la période qui a suivi le coup d’État.

Le 28 juin 2009, Manuel Zelaya a été chassé du pouvoir par un coup d’État perpétré par les forces armées, sous les auspices des pouvoirs de fait nationaux, avec l’accord du Département d’État nord-américain, dirigé par Hillary Clinton, a rappelé le père Ismael Moreno, directeur de Radio Progreso et de l’Equipe de Réflexion, Recherche et Communication (ERIC-SJ).

Pour le prêtre jésuite « ces eaux ont apporté ces boues que vit son pays au milieu de la pandémie globale de Covid-19 ».

Le pillage des fonds destinés à faire face à la crise sanitaire actuelle, l’effondrement institutionnel dont témoignent le Congrès National (législatif) et les conditions de l’administration publique en ruine, ont été énumérés comme les conséquences de la perte institutionnelle qu’a représenté l’assaut sur la démocratie le dernier dimanche de juin 2009.

Pour le prêtre, le fléau de la pandémie, la fraude électorale (contre le candidat Salvador Nasralla lors des présidentielles de mai 2017) et le coup porté à la Cour Suprême de Justice en 2012 sont des processus continus de consolidation du coup d’État.

En revanche, le religieux a souligné l’apparition au cours de ces 11 années de ce qu’il appelle les dynamismes du contrecoup, expressions de la rébellion du peuple hondurien et de la résistance des communautés.

Le sociologue et analyste des thèmes nationaux Eugenio Sosa a pour sa part souligné qu’avec cette action des militaires le Honduras était revenu aux fraudes électorales.

Il a dénoncé le fait qu’au cours des 10 dernières années, le Parti National au pouvoir a agi comme s’il avait une licence pour voler, après être tombé dans une dégradation morale, ne se préoccupant plus des allégations de corruption et du manque de crédibilité du peuple hondurien à son égard.

Si quelque chose de positif a pu laisser le coup d’État de 2009, Sosa le voit dans l’existence d’une opposition politique, qui, sans devenir parfaite comme le souhaite la majorité, est présente.

Il a rappelé que les 30 années qui ont précédé le coup d’État ont été dominées par les partis National et Libéral, qui ont rarement divergé au Congrès.

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