Agence de Presse de l'Amérique Latine

Eaux troubles entre Lava Jato et le FBI au Brésil

Par Osvaldo Cardosa *

Brasilia, 23 juillet (Prensa Latina) La probable illégalité de la coopération entre l’opération Lava Jato et le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) des États-Unis, refait maintenant surface au Brésil avec des teintes sombres de violation d’une règle écrite qui a sapé les bases démocratiques et la souveraineté.

Différents secteurs de la société brésilienne dénoncent une nouvelle reconnaissance publique de l’ingérence de Washington dans un autre pays.

La plupart des plaintes font valoir que l’assistance dans les enquêtes n’a pas suivi les règles établies dans un accord entre les parties et que ceux qui étaient appelés à défendre la loi ont manqué à leur devoir.

Des chroniqueurs politiques avertissent que les procureurs de l´opération Lava Jato, qui se sont vendus comme des combattants contre la corruption au service de la patrie, ont maintenu pendant des années une relation interdite avec des défenseurs d’autres intérêts, en l’occurrence des États-Unis.

Le scandale a pris de l’ampleur après que le site Internet The Intercept Brasil et l’Agence Publique ont révélé, début juillet, que la Lava Jato a signé un pacte de collaboration illégal avec le FBI.

Cet engagement a occulté aux autorités fédérales, y compris au propre Bureau du Procureur Général, la présence de policiers du FBI, avec accès irrégulier et sans restriction aux données d’enquête menées par Lava Jato.

DÉLITS ET ABUS D’AUTORITÉ

Face à la révélation journalistique, le Parti des Travailleurs (PT) a dénoncé au Ministère public fédéral (MPF) l’irrégularité de la procédure.

Les avocats Eugênio Aragão et Ângelo Ferraro, du PT, ont signalé que la Lava Jato avait agi illégalement, au mépris de l’autorité centrale du Ministère de la Justice, pour engager une procédure pénale et sélective contre l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva.

Tous deux ont déposé une plainte pénale contre le coordinateur de la Lava Jato dans la ville méridionale de Curitiba, le procureur Deltan Dallagnol, qui est accusé de délits de prévarication, d’abus d’autorité et de condescendance criminelle.

'Démasqués et démoralisés, les procureurs et l’ex-juge Sérgio Moro devront faire face à la justice', a commenté à l’occasion la présidente du PT, Gleisi Hoffmann.

Aragão a affirmé que les soupçons contre Dallagnol sont très sérieux parce qu’ils montrent que la Lava Jato agissait en totale illégalité et hors de contrôle.

'En partageant des informations de manière non officielle avec les agents nord-américains du FBI, le groupe de travail a manqué au respect de la souveraineté nationale et utilise illégalement des données confidentielles d’entreprises brésiliennes', a-t-il précisé.

L´avocat a indiqué que le MPF n’a aucune attribution constitutionnelle ou légale pour promouvoir, de manière spontanée et autonome, les relations extérieures.

Le PT a également l’intention d’engager une action civile publique en première instance contre les procureurs de la Lava Jato.

Selon l’avocat, Dallagnol a été averti que l’assistance directe avec des agents du FBI, sans passer par le consentement de l’Autorité centrale du pouvoir exécutif, était une pratique illégale. Et pourtant, il a agi en dehors des cadres de loi.

Ce n’est pas la première fois que la Lava Jato fonctionne de cette façon. La Cour suprême fédérale a déclaré inconstitutionnel un accord signé entre le groupe de travail et l’entreprise publique Petrobras pour une donation de plusieurs millions destinée à la création d’une fondation qui serait administrée par les avocats de Curitiba.

LAVE JATO AU SERVICE DU FBI

Selon un rapport du procureur du Département de la Justice (DOJ) des États-Unis, Robert Appleton, dans une interview avec le portail Conjur, tout a commencé par une conversation informelle, dans laquelle la Police Fédérale sud-américaine a demandé l’aide du FBI dans les enquêtes sur la corruption au Brésil.

L’invitation a été faite lors d’une réunion de l’Organisation de coopération et de développement (OCDE) en 2014.

En octobre 2015, le MPF de Curitiba a reçu la visite de 17 étasuniens. Parmi eux figuraient des procureurs liés au DOJ et des agents du FBI (l’identité de tous les invités n’est pas connue).

Compte tenu des conversations révélées par The Intercept Brasil, le gouvernement, alors dirigé par la présidente Dilma Rousseff, n’a pas été informé des réunions.

À la suite de ces révélations, Lula a déclaré que la Lava Jato a légalisé la corruption et respecté un agenda qui répondait aux intérêts économiques et géopolitiques des États-Unis.

'Lava Jato aurait pu être un excellent instrument pour lutter contre la corruption', a déclaré l’ancien dirigeant ouvrier, qui a insisté sur le fait qu’ « ils ont transformé l’opération en un parti politique, ce qu’ils ont fait, c’est légaliser la corruption ».

Pour Lula, les procureurs de l´opération Lava Jato ont nuit aux entreprises, et « au lieu de punir les propriétaires, ils ont puni les travailleurs ».

« L’ancien mandataire a affirmé que « l’idée de tout cela est venue des États-Unis. Qui était intéressé à détruire l’industrie navale? Aujourd’hui, l’implication du FBI a été prouvée », a-t-il insisté.

Il a noté que Moro n’a pas agi en tant que juge dans les affaires sans preuve contre sa personne, mais comme 'agent politique, subordonné au FBI, au Département de la Justice des États-Unis, pour m´empêcher de participer aux élections' en 2018.

Récemment, la défense de l’ancien président a introduit une action en justice contre la décision du ministre André Mendonça de refuser l’accès à des informations sur la coopération entre Lava Jato et les autorités nord-américaines.

Le recours a été déposé auprès Tribunal Supérieur de Justice et les avocats demandent dans le document que « l’on accorde l’assurance d’avoir accès à une copie complète de tous les enregistrements possibles relatifs à l’échange d’informations, contacts, réunions, preuves, procédures et enquêtes entre les autorités locales et celles des États-Unis dans le cadre de l’opération Lava Jato ».

La défense fait valoir que le non-respect des règles par les parties doit entraîner la nullité des enquêtes et des procédures.

L’ordonnance judiciaire présentée fait partie de la stratégie d’enquête défensive des avocats de Lula, condamné dans deux procès initiés à partir de l’action de la Lava Jato : dans le cas de l’appartement triplex de Guarujá, à Sao Paulo, et du site d’Atibaia. Les deux peines atteignent 25 ans et 11 mois de prison.

Apparemment, des eaux troubles ont circulé entre Lava Jato et le FBI.

peo/arb/ocs

*Correspondant de Prensa Latina au Brésil.