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Transparence des élections en Bolivie, un doute persistant

Par Alain Valdes Sierra

La Havane, 16 octobre (Prensa Latina) La transparence des élections de ce dimanche en Bolivie est un sujet de préoccupation parmi les politiciens, les analystes et dans le spectre varié des électeurs qui voient avec réserve comment les autorités conduisent le processus.

Par exemple, des experts du Centre de recherche en économie et politique (CEPR, pour ses sigles en anglais) mettent en doute l’impartialité du système.

Basé à Washington, aux États-Unis, le CEPR avertit que les prochains scrutins pourraient être peu transparents à partir de l’utilisation d’un nouveau système de comptage des votes, connu sous le nom de Diffusion des résultats préliminaires (Direpre).

Le fonctionnement du Direpre fait l’objet de doutes car, entre autres éléments, il ne fournit pas d’informations fiables sur l’évolution des votes et ne recueille pas de photos de l’état final des procès-verbaux à l’appui du décompte.

Lors des élections de 2019, qualifiées de frauduleuses par l’Organisation des États Américains (OEA), et ce sans présenter de preuves concluantes, il était possible de suivre le comportement du vote au moyen de rapports périodiques disponibles pour les analystes sur des feuilles du logiciel Excel. L’examen de ces informations a permis à des experts, des universités et des centres d’études de s’assurer qu’il n’y avait pas eu la fraude annoncée de manière « précipitée » par l’OEA, qui a remis en cause la victoire d’Evo Morales au premier tour, laquelle avait été prédite par de nombreuses études d’opinion.

Le rapport de l’organisme régional, basé sur des résultats préliminaires, a servi de prétexte à des forces de droite et des groupes violents, soutenus par des militaires et des policiers, pour provoquer un coup d’État contre Morales, qui a été contraint de démissionner en novembre dernier.

L´étude des analystes du CEPR, ainsi que celle des experts de l’Institut technologique du Massachusetts; des universités de Pennsylvanie, Tulane et Michigan, tout comme celle publiée par le New York Times, sur la base de ces rapports, a conclu que l’affirmation de l’OEA concernant la fraude présumée était statistiquement fausse.

D’où le souci de transparence lors des élections de ce dimanche, car en l’absence de rapports périodiques et de photos avec l’état final des procès-verbaux, il ne sera pas possible de vérifier les informations avec l’immédiateté nécessaire, estiment les experts.

'Avec la seule divulgation des données au niveau d´enceinte électorale, et sans les données des procès-verbaux, il sera impossible que les observateurs vérifient rapidement la correspondance des votes en comparant les copies imprimées des procès-verbaux avec les images publiées en ligne », a assuré l’enquêteur principal du CEPR, Jake Johnston.

L’analyste estime que si les résultats du processus sont fiables, ils devraient être accessibles à tous, 'il n’y a aucune excuse pour limiter l’accès public aux données', a-t-il souligné.

Cependant, des figures de la droite bolivienne, du gouvernement de facto, auxquelles s’est joint le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, justifient le manque de transparence en assurant que le Mouvement Vers le Socialisme (MAS), favori selon les sondages, 'volera les élections'.

Ces déclarations ont été rejetées par les candidats de cette force politique et le codirecteur du CEPR, Mark Weisbrot, dans l’analyse intitulée « Ce que l’OEA a fait à la Bolivie », qualifiant les agissements de cette entité d’indignes.

Dans ce contexte, et après ce qu´il s´est passé lors des élections de 2019, Weisbrot voit ici une nouvelle possibilité d’annuler le processus si celui-ci était favorable au MAS, ce qui implique une violation de la propre Charte de l’OEA et du droit international.

Par de fausses déclarations, les résultats des élections seront ignorés, comme, a-t-il rappelé, cela a été le cas l’an dernier.

Le rôle de l’OEA et sa mission d’observation suscitent la méfiance quant à l’impartialité dans le prononcé du verdict final, d’autant plus que l´on retrouve dans ce groupe plusieurs des personnes qui ont soutenu la rhétorique de la fraude lors des dernières élections.

Les doutes quant à la transparence du processus mettent en péril des élections considérées par des analystes comme vitales pour le retour à la normalité politique et à la démocratie dans le pays sud-américain.

D´où la nécessité du vote conscient des Boliviens, qui depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de facto voient leur quotidien marqué, entre autres aspects négatifs, par la mauvaise gestion économique, des scandales répétés de corruption, de persécution politique et de répression armée.

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