Agence de Presse de l'Amérique Latine

La guerre médiatique, fer de lance pour une intervention

Par Carmen Esquivel Sarría

La Havane, 9 août (Prensa Latina) La guerre médiatique des États-Unis contre Cuba et d’autres pays cherche à préparer les conditions subjectives pour légitimer une intervention, a averti aujourd’hui l’avocat et politicien bolivien Hugo Moldiz. 

Dans un entretien accordé à Prensa Latina via internet, Moldiz a abordé divers sujets, comme l’utilisation des réseaux sociaux et des médias pour attaquer les gouvernements, la campagne pour imposer un 'couloir humanitaire' sur Cuba et la complicité de l’OEA (Organisation des États Américains) avec la stratégie nord-américaine pour la région.

'Les États-Unis développent contre Cuba, le Venezuela, le Nicaragua et d’autres pays le concept de guerre totale et permanente, et l’une de ses composantes est la guerre médiatique, non conventionnelle, dans laquelle l’esprit devient le champ de bataille', a-t-il affirmé.

'C’est, dit-il, l’avant-garde, le fer de lance où se préparent les conditions subjectives dans et au sujet du pays qui va être victime d’une intervention'.

Selon Moldiz, qui est également chercheur et journaliste, les troubles du 11 juillet dans la plus grande des Antilles ont été une tête de pont d’un plan interventionniste, mais comme en 1961, lors de l’attaque de Playa Girón, le peuple a de nouveau prouvé qu’il pouvait vaincre la contre-révolution.

Hugo Moldiz a condamné les campagnes qui promeuvent un prétendu couloir humanitaire à travers les étiquettes  #SOSCuba et #SOSMatanzas, ainsi que les déclarations du président nord-américain Joe Biden, qui a qualifié Cuba d’État défaillant.

Nous savons tous que la proposition d’un couloir humanitaire s’inscrit en fait dans une stratégie politico-militaire interventionniste. Cela a été une constante dans l’histoire des États-Unis en Amérique latine et dans le monde. La politique étrangère nord-américaine n’a généralement pas beaucoup de variations à cet égard, a-t-il affirmé.

Pour le politicien bolivien 'les États-Unis ne croient pas à l’équilibre du pouvoir, cela est reconnu par l’ancien secrétaire d’État, Henry Kissinger, dans son livre La diplomatie, et dans la mesure où ils n’y croient pas, ils croient être les maîtres et les propriétaires de l’Amérique latine et des Caraïbes'.

Moldiz s’est également référée aux récentes déclarations du haut représentant pour la Politique étrangère de l’Union européenne (UE), Josep Borrell, qui s’est fait l’écho de la campagne de déstabilisation contre Cuba.

Ce représentant pense le monde à partir de la vision nord-américaine. Loin se trouve le propre rêve d’un nationaliste de droite comme l’ancien président français Charles de Gaulle, qui disait que les Européens devraient penser depuis l’Europe et non depuis les États-Unis, a manifesté l’avocat bolivien.

Moldiz a été ministre du Gouvernement de Bolivie en 2015, et après le coup d’État contre le président Evo Morales en novembre 2019, il a été contraint de demander l’asile à l’ambassade du Mexique à La Paz où il est resté pendant un an avec plusieurs anciens fonctionnaires boliviens menacés et auxquels le régime de facto avait refusé l’autorisation de quitter le pays.

Dans sa conversation avec Prensa Latina, il a réfléchi aux récentes déclarations du mandataire mexicain, Andrés Manuel López Obrador, qui a proposé de remplacer l’Organisation des États Américains (OEA) par un organisme autonome, et non pas un laquais de quiconque.

'Ce que le président López Obrador a proposé est une aspiration latino-américaine. L’OEA s’est avérée absolument inefficace et surtout complice de la stratégie nord-américaine pour le continent', a-t-il rappelé.

Parmi les exemples, Moldiz a cité l’appui de l’OEA aux gouvernements de la doctrine de la sécurité nationale dans les années 60 et 70 et sa complicité avec les invasions nord-américaines au Panama, en République Dominicaine et à la Grenade, ainsi qu’à l’agression britannique contre l’Argentine dans les îles Malouines.

Dans ce contexte, a-t-il déclaré, il est nécessaire de renforcer la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (Celac) en tant qu’espace régional sans la présence du Canada et des États-Unis.

Le politicien bolivien a préconisé le remplacement de l’OEA par un organisme autonome qui respecte le principe de la non-intervention, de la non-ingérence et de l’autodétermination des peuples et qui mène à une intégration émancipatrice et non de subordination.

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