Agence de Presse de l'Amérique Latine

L’île de la solidarité

Par Lissy Rodriguez Guerrero

La Havane, 2 septembre (Prensa Latina) La Révolution cubaine était encore un embryon, et faisait face aux convulsions que signifiait pour Washington son triomphe irrévocable, quand sonnèrent les premières nouvelles de son travail solidaire. 

C’est le Chili et le tremblement de terre du 22 mai 1960 qui a inauguré l’aide internationale de la plus grande des Antilles, notamment par la participation de la Fédération étudiante universitaire (FEU) et d’autres organisations à la collecte de dons, l’envoi d’avions avec des médecins et des médicaments et le départ du navire marchand 'Habana' pour venir en aide aux victimes de la catastrophe.

Les investigations y reconnaissent la première graine de ce qui serait un exercice fécond en plus de 60 ans de Révolution, bien que l’on remarque par ailleurs dans la genèse de la collaboration cubaine l’arrivée de la dizaine de médecins en Algérie en 1963.

Et ce alors que l’île était frappée par l’exode de 50 pour cent de ses professionnels de la santé suite aux campagnes de discrédit propagées depuis les États-Unis.

La vocation solidaire de Cuba a soutenu dans ses principes le fait de partager ce qu’elle a, et non ce qu’elle a en trop, et ce souci de se multiplier, elle a fait du pays une place importante pour la formation de professionnels de la santé. C’est pourquoi aujourd’hui, en tout recoin de la planète, un médecin peut raconter l’histoire de son passage à l’École Latino-américaine de Médecine de La Havane.

Lors d’un échange avec Prensa Latina, l’historien et chercheur Elier Ramirez a affirmé que la solidarité fait partie de la tradition historique et culturelle cubaine depuis le début des luttes indépendantistes.

'Il y aégalement eu des expressions importantes pendant la période de la république néo-coloniale bourgeoise, il faut se rappeler des centaines de Cubains qui ont défendu la République espagnole pendant la Guerre civile', a-t-il souligné.

Le docteur en sciences historiques reconnaît que c’est néanmoins après le triomphe de la Révolution cubaine et sous la direction de Fidel Castro que ces principes acquièrent un caractère massif, qui distingue Cuba comme 'l’île de la solidarité'.

Et cela selon l’idée que celle-ci aide et libère non seulement celui qui la reçoit, mais aussi, et souvent encore plus, celui qui l’offre, insiste le chercheur.

Cette terre a en outre compté sur l’exemple d’Ernesto Che Guevara, 'qui n’est pas tombé en défendant un autre intérêt ou une autre cause que la cause des exploités et des opprimés de l’Amérique latine', comme l’a expliqué le leader historique de la Révolution cubaine Fidel Castro dans ses entretiens avec le journaliste espagnol Ignacio Ramonet.

L’homme d’État était convaincu que l’espèce humaine ne connaîtrait son plein développement que lorsque chaque peuple ressentirait en sa chair la douleur des autres, ce qu’il l’a exprimé lors d’un acte de solidarité avec Cuba à l’église Riverside de Harlem, à New York, en septembre 2000.

Ce n’est qu’ainsi que l’on peut comprendre comment la petite île des Caraïbes a offert sa main solidaire aux mouvements de libération nationale d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie; elle a écrit des chapitres au Vietnam, en Angola, en Éthiopie, en Guinée-Bissau, au Congo, entre autres, et a contribué à la défaite finale de l’apartheid en Afrique du Sud.

On peut ainsi entendre que dans un recoin de l’Amazonie brésilienne un médecin cubain guérit les blessures d’un enfant ou assiste un accouchement; tandis qu’au Venezuela un professeur enseigne à lire et à écrire selon la méthode Yo Sí Puedo (Oui je le peux), créé par l’éducatrice cubaine Leonela Relys pour apprendre en quelques mois.

Les médecins de l’île ont été les premiers à arriver au Pérou dévasté par un tremblement de terre en 1970, et Fidel Castro a été en tête de la liste des donneurs de sang pour cette nation.

L’offre d’envoyer aux États-Unis plus de mille médecins après le passage de l’ouragan Katrina, qui a ravagé la Nouvelle-Orléans en 2005, est également éloquente, mais le président nord-américain de l’époque, George W. Bush, l’a décliné.

Haïti, Guatemala, Pakistan, Nicaragua, El Salvador, Arménie, Mexique... Nombreux sont les exemples d’un internationalisme dont le reflet se trouve sur tous les continents, mais si un exploit récent peut décrire encore mieux cette solidarité, c’est bien le défis auquel sont aujourd’hui confrontés les médecins cubains face à l’une des pires crises sanitaires de l’humanité.

Fruit de la solidarité, la nation antillaise a ouvert ses frontières au navire de croisière MS Breamar et a permis le rapatriement par voie aérienne de ses passagers, certains ayant été diagnostiqués positifs à la Covid-19, et ce face au refus de plusieurs pays de les recevoir sur leurs côtes en raison de la possibilité de contagion.

Parallèlement, les autorités ont envoyé 57 brigades médicales du contingent international 'Henry Reeve', qui, dans plus de 40 pays, ont contribué à la lutte contre la pandémie sur la base de l’expérience acquise, dont la lutte contre l’Ebola en Afrique de l’Ouest.

C’est pour cette raison que lorsque les cas de Covid-19 ont commencé à augmenter à Cuba, la coopération internationale a envoyé des navires et des avions chargés de fournitures médicales, de seringues, de matériel de biosécurité, de médicaments et de nourriture.

La fraternité arrive en ce moment ici du Mexique, du Venezuela, de la Chine, de la Jamaïque, de l’Italie, de la République Dominicaine, de la Bolivie, entre autres pays.

Dans le même temps, les Cubains mettent en œuvre une solidarité par divers projets spontanément créés pour recueillir des moyens de protection, des médicaments, des produits d´hygiène, de la nourriture et d’autres dons, dans le cadre d’initiatives allant des communautés à certaines de portée nationale.

L’histoire, dans ses cycles constants, semble se répéter, quand des sites comme l’Université de La Havane, où il y a 60 ans des jeunes de la FEU se sont réunis pour collecter de l’aide et l’envoyer au Chili, regroupe aujourd’hui des étudiants qui distribuent des dons pour les provinces de l’île les plus touchées par la pandémie.

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