Agence de Presse de l'Amérique Latine

La nouvelle nomination à la Cour Suprême polarise les États-Unis

Par Luis Beatón *

La Havane, 25 septembre (Prensa Latina) Le décès de la juge de la Cour Suprême, Ruth Bader Ginsburg, crée un nouveau différend entre démocrates et républicains aux États-Unis qui pourrait avoir un impact sur l’avenir politique à l’approche des élections présidentielles.

L´empressement du président Donald Trump à nommer un nouveau membre à la Cour avant son éventuel départ de la Maison Blanche, pourrait faire pencher un peu plus la balance vers les intérêts républicains, et y compris devenir un sujet épineux si le plus haut tribunal devait prendre des mesures face aux menaces du mandataire d’ignorer les résultats des élections de novembre prochain, estiment les analystes.

La haute cour était formée (jusqu’à la mort de Ginsburg le 16 septembre dernier) par cinq juges de courant conservateur et quatre de l’aile libérale, de sorte que l’ajout d’une nouvelle figure conservatrice conduirait sa configuration à être de 6-3 en faveur du parti au gouvernement.

L’avis du juge associé Stephen G. Breyer, qui a déclaré à une occasion que l’apparence de division (à la Cour) risquait de saper la confiance du peuple dans le tribunal lui-même, attire aujourd´hui d´autant plus l’attention. 'Nous courons le risque de nous blesser nous-mêmes, une blessure qui peut nuire non seulement à ce tribunal, mais à la nation', a-t-il affirmé.

Cette situation peut se produire si la Maison Blanche, comme tout semble l’indiquer, rompt la pratique de ne pas sélectionner de membres du tribunal à l’époque des élections présidentielles, bien que Trump et les républicains le considèrent comme un 'droit'.

Selon une récente analyse publiée par le quotidien The New York Times, alors que les deux principaux partis débattent de la manière de procéder à une élection pendant la pandémie, les accusations infondées du président Trump sur une fraude ont augmenté la probabilité de querelles judiciaires post-électorales épiques, et dans lesquelles la justice interviendrait.

Certains politiciens et experts en la matière abordent la situation et la considèrent comme faisant partie des avancées du président pour ignorer sa défaite dans les urnes, et surtout si, comme il est attendu, la victoire se décide par le vote par correspondance.

La bataille mouvementée et sans précédent du recomptage des voix en Floride, qui a polarisé les États-Unis en 2000, et dans laquelle la Cour Suprême a donné la victoire à George W. Bush sur Al Gore, est un antécédent proche de ce qui pourrait arriver.

Le Times a noté qu’il pourrait être très difficile de connaître le résultat en novembre, et y compris peut-être en décembre et janvier, notamment car le président Trump a avancé que les élections seront frauduleuses et que les démocrates l´accusent d’essayer de transformer cela en une prophétie déjà assurée.

De cette façon, les démocrates examinent les pires scénarios, y compris comment réagir si Trump se déclare victorieux prématurément ou envoie les autorités fédérales dans les bastions du parti comme une tactique d’intimidation.

Les républicains, à l’abri d’affirmations douteuses ou infondées sur une fraude généralisée, travaillent à préparer un contexte pour qu’un tribunal dominé par les conservateurs statue.

Surtout quand Trump crée une incertitude en affirmant que les élections seront un 'coup d’État', une 'fraude' et 'contaminées' pour les délégitimer, avant même qu’elles n’aient lieu.

« Je vous verrai au tribunal ! », a tweeté Trump au sujet de l´État du Nevada, qui venait d’adopter une législation de vote universel par correspondance, selon laquelle l’État envoie par ce moyen un bulletin à chaque électeur inscrit.

L´urgence de la Maison Blanche quant à la composition de la Cour Suprême, plus haute instance judiciaire du pays, tient évidemment à ce que ses décisions sont de la plus haute importance au niveau fédéral.

De ses jugements peuvent dépendre les limitations du pouvoir Exécutif, l’attribution d’une victoire en cas de partage des voix ou des questions migratoires comme l’avenir du programme DACA, dont dépendent près de 800.000 jeunes qui espèrent ne pas être expulsés des Etats-Unis.

Les démocrates insistent pour que la nomination soit faite par le président élu lors des prochaines élections.

Cependant, la décision finale revient au Sénat, dominé par le parti républicain, qui détient 53 des 100 sièges de la Chambre haute.

Les démocrates n’ont donc pas les votes nécessaires pour bloquer toute candidature proposée par Trump, à moins que certains républicains ne se rallient à leur appel ou qu´ils ne recourent à des tactiques pour prolonger les débats afin d’entraver le vote dans un processus qui peut prendre deux mois.

Ainsi, les démocrates pourraient essayer de le retarder, même si le Sénat a le temps jusqu’en janvier, quand le mandat du président élu commencera, pour procéder à cette nomination.

Dans des scénarios comme une victoire décisive de Trump, ou du démocrate Joe Biden, ou une victoire étroite de Biden ou une période d’incertitude prolongée après les élections, qui aboutiraient tous à des manifestations et à une impasse politique, la décision et la composition de la Cour Suprême pourraient être déterminantes.

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*Rédacteur en chef de la rédaction Amérique du Nord de Prensa Latina