Agence de Presse de l'Amérique Latine

Progressisme et intégration, nouvelle ère pour l’Amérique Latine et les Caraïbes

Par Pierre Lebret (*)

Paris, 30 mars (Prensa Latina) L’annulation de tous les arrêts qui pesaient sur Luiz Inácio Lula da Silva donne des signes de ce qui se passe dans la région. Les droites ultra-conservatrices au pouvoir ces dernières années tombent l’une après l’autre.

Après leurs victoires, portées par le 'lawfare' (guerre juridique) contre des leaders d’opposition, elles ont repris les agendas néolibéraux d’antan avec les mêmes logiques, réduisant le rôle de l’État et méprisant les plus vulnérables dans une région qui reste l’une des plus inégalitaires du monde.

Parallèlement, elles se sont également éloignées en quelques années des grands projets d’intégration régionale comme l’Union des Nations Sud-américaines (Unasur) et la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes (Celac), effaçant d’un trait les efforts accomplis. Il convient de mentionner que, sans la parole et la force du Groupe de Puebla pour mettre en lumière les graves manquements de plusieurs gouvernements à l’encontre des processus démocratiques et des acteurs de l’opposition, la situation serait aujourd’hui peut-être différente et plus sombre.

TABLEAU POLITIQUE ENCOURAGEANT

Il reste beaucoup à reconstruire et à parcourir, mais maintenant le panorama politique est différent et plus encourageant dans des pays comme l’Argentine, la Bolivie, il le sera bientôt en Équateur et on espère que le Chili nous donnera une leçon en écrivant une nouvelle histoire et en finissant avec le gouvernement de Sebastián Piñera, marqué par de graves violations des droits de l’Homme.

Le retour de gouvernements progressistes ouvre alors les possibilités de reprendre les chemins d’un projet régional tangible et de s’éloigner de cette conception intégrationniste purement néolibérale de la droite.

Cela est évident, et il faut célébrer l’axe Mexique/Argentine instauré après la visite d’Alberto Fernández à son homologue Andrés Manuel López Obrador. L’union des voix progressistes est sans aucun doute une bonne nouvelle pour redonner l’élan nécessaire à l’intégration régionale latino-américaine.

Les conseillers et diplomates des deux pays se sont efforcés au cours de cette dernière année de donner une issue régionale à la pandémie.

En outre, ils ont renforcé l’organisme de la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes, ce qui est essentiel pour mobiliser et organiser la coopération, en particulier dans le contexte de crise économique que traverse la région.

Grâce à l’arrivée de gouvernements progressistes, des faits se produisent, des stratégies se développent, et nous nous rapprochons de ce qu’Ernesto Samper, ancien président de la Colombie et ancien secrétaire général de l’Unasur, a défini comme 'matrice de convergence' pour l’identification d’initiatives communes.

MULTIPLIER LES MÉCANISMES DE PARTICIPATION

L’intégration régionale doit être utile aux peuples et consolidée avec la grande majorité des acteurs qui composent nos sociétés. Les dimensions de l’intégration sont variées et complémentaires, mais il sera essentiel de multiplier les mécanismes de participation avec et pour la société civile.

Si les peuples ne s’approprient pas les processus intégrationnistes, il est très difficile qu’ils les défendent lorsqu’il y a un changement de gouvernement et que la nouvelle autorité décide de s´en retirer.

Sans la participation active des citoyens, les progressistes continueront à avoir des difficultés pour pérenniser les projets d’intégration dans une perspective émancipatrice pour l’Amérique Latine et les Caraïbes.

L’Amérique Latine a la pleine capacité de peser sur la communauté internationale, de parvenir à une intégration durable, de mettre en place des politiques publiques permettant de réduire les niveaux de pauvreté et d’inégalité.

Mais sans un agenda politique régional clair et sans la participation de la société civile, nous sommes condamnés à subir des reculs chaque fois que la droite parvient à gouverner, au profit d’une élite, sans parler de l’alignement avec les États-Unis.

Les peuples de la région méritent plus et mieux. Aujourd’hui, l’avenir de l’intégration latino-américaine et caribéenne passe par le progressisme.

peo/arb/pl

(*) Politologue, spécialiste de l’Amérique Latine et expert en coopération internationale