Agence de Presse de l'Amérique Latine

Le président du Chili sous feux croisés

Santiago du Chili, 21 avril (Prensa Latina) De plus en plus isolé, le président Sebastián Piñera et son gouvernement ont été aujourd'hui l'objet d'un assaut de critiques de l´opposition et de propres forces de la coalition au pouvoir d'un côté et d'un mécontentement explicite dans les rues de l'autre.

La présentation, par l´exécutif, d'une requête devant le Tribunal constitutionnel (TC) pour stopper un projet législatif visant à permettre un troisième retrait de 10 % des fonds de pension a été le déclencheur du malaise général.

Ainsi, dans la nuit de mardi à mercredi et tôt ce matin, des manifestations massives et concerts de casseroles ont eu lieu partout à travers le pays, certains ayant monté des barricades et des attaques contre deux postes de police ayant y compris été rapportées dans la capitale.

L'Union portuaire du Chili a communiqué l'arrêt progressif des activités à partir de mercredi en réponse "au gouvernement criminel de Piñera".

Le texte de l'intersyndicale souligne que "le recours au TC est un acte d'arrogance qui s'ajoute à l'abandon par le gouvernement de millions de Chiliens qui ont dû puiser dans leurs propres économies pour faire face à la pandémie".

Tout l´échiquier politique a immédiatement réagi, et la présidente de la Démocratie Chrétienne du Sénat, Yasna Provoste, a assuré qu´avec cette décision de l´exécutif « se ferment les espaces de délibération politique ».

Provoste a estiimé que Piñera avait le pouvoir de recourir au TC, mais que le Congrès avait également le droit de présenter des initiatives sur les "réformes constitutionnelles" en assurant que le projet de loi continuera à être abordé dans cette instance comme prévu.

Dans le même temps, l'idée de déposer une accusation constitutionnelle contre le président fait son chemin, et des parlementaires de plusieurs bancs se sont montrés toute de suite disposés à aller en ce sens, bien qu'il soit difficile qu´elle aboutissent en raison du refus de la droite d'appliquer cette mesure draconienne, comme cela c'est du déjà-vu. 

La direction du Parti socialiste a appelé dans un communiqué ses députés à étudier l'accusation constitutionnelle contre Piñera, car " la situation est insoutenable en matière de santé, de société et dans le domaine économique”.

Mais les critiques à l'encontre de saper le projet de loi se sont également multipliées au sein de la coalition au pouvoir, et Mario Desbordes, candidat à la présidence du Renouveau national (RN), le plus important parti de droite, a appelé le gouvernement à corriger la situation.

Il lui a ainsi demandé de changer d'attitude et y compris de « parrainer le projet, de le réparer, (...) mais pas de le bloquer, car celui qui va en sortir blessé, affecté, ce n'est pas un politicien ou un parti, ce sont les gens qui n'ont pas d'autre alternative ».

Un autre député du RN, Eduardo Durán, a quant à lui estimé qu'avoir recours au TC " c'est jouer avec le feu " et avec le drame de la classe moyenne, qui a besoin d'aide pour survivre. Il a demandé à Piñera de revenir sur « une décision qui met en danger la paix sociale. Je ne veux pas qu'on dise à nouveau que nous ne l´avons pas vu venir », a-t-il manifesté en allusion à l´explosion sociale d´octobre 2019 dans le pays.

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