Agence de Presse de l'Amérique Latine

Rejet du projet d’interdiction des partis communistes au Pérou

Lima, 6 mai (Prensa Latina) Un projet de proscription électorale des partis communistes au Pérou a été fermement rejeté par des analystes, des défenseurs des droits humains et d’autres voix qui le qualifient d’antidémocratique et de fasciste. 

L’analyste Carlos Bedoya a déclaré à Prensa Latina que le projet est ouvertement fasciste et évoque les années 30 du siècle dernier, d’essor fasciste, lorsqu’une constitution a interdit la participation aux élections à des 'idéologies étrangères' (de gauche).

Le député élu, ancien officier de la Marine et extrémiste de droite Jorge Montoya a annoncé qu’il allait promouvoir une loi pour que les communistes ne puissent pas participer aux élections.

Il a souligné qu´ainsi 'ce que nous vivons ne se répétera pas', en allusion à la première place dans les sondages du candidat de gauche Pedro Castillo en vue du second tour de l’élection présidentielle du 6 juin prochain, alors que Montoya soutient la rival néolibérale Keiko Fujimori.

Bedoya a ajouté que Montoya est un putschiste, membre d’une coordination d’extrême droite composée d’autres ex-militaires et a participé à la conjuration qui, en novembre dernier, a promu à la présidence le conservateur Manuel Merino, qui a renoncé quelques jours plus tard suite à de grandes protestations.

Le secrétaire général du mouvement Nuevo Peru, Álvaro Campaña, a pour sa part déclaré que cette menace exprimait la possibilité d’une sortie fasciste pour criminaliser les positions autres que celles de droite et du modèle néolibéral.

Il a rappelé que l’histoire montre que la gauche a toujours défendu la démocratie, alors que ceux qui ont agi contre celle-ci sont les secteurs militaires comme l’ancien officier de la Marine.

Campaña a souligné la dangerosité de la proposition, dans le cadre de la campagne macartiste qui soutient Fujimori et va jusqu’à y compris appeler communiste l’actuel président Francisco Sagasti.

L’analyste Nelson Manrique a quant à lui estimé que Montoya est un représentant des militaires qui ont soutenu entre 1990 et 2000 le régime de main dure d’Alberto Fujimori, père de la candidate Keiko Fujimori et aujourd’hui emprisonné pour crimes contre l’humanité.

Il a rappelé l’avertissement de l’écrivain Mario Vargas Llosa, selon lequel la victoire de Castillo pose la menace d’un coup d’État militaire de droite, dans le cadre d’une campagne visant à inspirer de la crainte à la population contre le postulant présidentiel.

Pour l’avocat de la Coordination Nationale des Droits Humains, Miguel Jugo, Montoya parle de bloquer le passage du communisme, mais en réalité son intention de fond est que les forces de droite continuent à contrôler le pays.

Enfin, selon le dirigeant du parti communiste Arturo Ayala, l’intention de proscrire les communistes constitue une menace fasciste pour toutes les forces de gauche et progressistes, ainsi que pour la démocratie, et mérite d’être rejetée.

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