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Les droites criminelles d’Amérique latine

Par Pierre Lebret *

Paris, 6 mai (Prensa Latina) Moreno, Macri, Duque, Piñera, Almagro, tous réunis au forum "Défense de la démocratie dans les Amériques" qui se déroule à Miami. Il ne manque que Bolsonaro. Ce n’est pas une blague, ni le dernier dîner, mais une offense pour toutes les victimes des derniers gouvernements conservateurs et néolibéraux d’Amérique latine. Les mois et les années passent, et nous continuons à compter les morts, les blessés, les prisonniers, sous les yeux d’une communauté internationale peu active. 

Quelque chose unit ces présidents et anciens présidents, et ce n’est pas la démocratie. Ils gouvernent selon leurs propres intérêts économiques. Ils s’opposent aux mécanismes fiscaux redistributifs pour une plus grande justice sociale. Ils font l’impossible pour que leurs collègues propriétaires de grands groupes économiques s’approprient des médias. Ils instaurent le lawfare (guerre juridique) contre leurs opposants. Ils sont arrivés par les urnes et exercent le pouvoir comme des dictateurs.

Depuis les processus de transition vers la démocratie, il n’y avait pas eu un tel risque de recul. Piñera et Duque ont choisi la répression, en tirant sur le peuple. Nous connaissons tous les raisons des manifestations populaires : inégalités et pauvreté, aggravées par la pandémie.

Face à l’indolence de gouvernements qui se dépouillent de l’État comme s’il s’agissait de leurs propres entreprises, des millions de familles attendent des aides directes et tentent de se débrouiller pour endiguer la faim. Ces personnages qui se réunissent à Miami n’ont jamais compris l’importance du bien commun, ils ne font pas leur la nécessité de cohésion sociale et d’égalité. Dans la culture politique de la droite latino-américaine, la pratique du dialogue social n’est pas une priorité, transformer les institutions et instaurer de nouvelles lois pour favoriser son secteur, si.

Face à la voix populaire et aux mobilisations, la peur de perdre des privilèges économiques s’impose et ils choisissent de manière rationnelle la répression. L’Amérique latine est ensanglantée et ce n’est pas un dérapage, mesdames et messieurs, comme le signalent certains médias. Il y a une décision de réprimer. Tirer sur le peuple est criminel, ne pas l’aider aussi. Les démocraties de la région resteront menacées tant qu’une petite partie de la société ne voudra pas accepter la nécessité de garantir des droits sociaux à l’ensemble de la population et de progresser vers une plus grande égalité.

Dans le contexte actuel de crise sanitaire, cette prise de conscience que l’État est fondamental pour garantir les droits sociaux de la population et que la mobilisation de ressources passe nécessairement par l’imposition des plus riches semble se confirmer dans le monde. Pour cela, la victoire des forces progressistes est et sera essentielle pour instaurer une nouvelle voie compatible avec notre temps, avec justice sociale, équité de genre, protection de l’environnement et garantie des droits de l’Homme.

Aujourd’hui, le problème n’est pas tellement le manque d’idées depuis le progressisme. L’erreur difficilement pardonnable? L’incapacité et le manque de volonté politique pour créer les conditions de l’union. Ce qui s’est passé en Équateur lors des dernières élections peut et doit être évité dans d’autres pays. Jamais le néolibéralisme n’a servi les intérêts des peuples du Sud de notre monde, mais il porte atteinte à la vie de millions d’êtres humains. 

Eduardo Galeano déclarait que "la droite a raison lorsqu’elle s’identifie elle-même à la tranquillité et à l’ordre : c’est l’ordre, en effet, de l’humiliation quotidienne des majorités, mais ordre à la fin : la tranquillité que l’injustice reste injuste et la faim affamée."

* politologue, spécialiste de l’Amérique Latine et expert en coopération internationale

peo/pl