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Les États-Unis et les charges contres Assange: les médias tirent la sonnette d’alarme sur l’application du Premier Amendement à la Constitution

Par Martha Andrés Román

Washington, 27 mai (Prensa Latina) La décision des États-Unis de présenter contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, 17 charges pour violation présumée de la Loi sur l’Espionnage rallume aujourd’hui le débat sur le Premier Amendement à la Constitution des États-Unis.

Selon cette accusation rendue publique jeudi dernier par le Département de Justice, le journaliste australien a été complice de l’ancienne analyste du Service de Renseignement de l’Armée, Chelsea Manning; le délit qui leur est reproché étant  « l’obtention et la divulgation de documents classifiés ayant trait à la défense nationale ».

L’accusation ajoute qu’Assange a sollicité ces informations classifiées et les a publiées sur le site WikiLeaks.

Parmi ces documents, on trouve des évaluations officielles des personnes détenues à la prison de la base navale nord-américaine située à Guantanamo, à Cuba; des archives sur les troupes nord-américaines en Irak et en Afghanistan; et des messages du Département d’État.

Beaucoup de  ces documents révélaient, entre autres, des crimes commis par les soldats nord-américains dans ces pays, des opérations menées sur des nations alliées, des pertes humaines causées par des tirs-amis et les liens entretenus avec les talibans par les services de renseignement nord-américains.

Selon les médias nord-américains, les faits reprochés à Assange sont semblables à ceux utilisés dans leur travail par de nombreuses organisations traditionnelles d’information, mais John Demers, l’assistant du procureur général à la sécurité nationale, a essayé de justifier l’accusation en déclarant, qu’en réalité, « Assange n’est pas un journaliste ».

Le quotidien « The Washington Post » rappelle que la Loi sur l’Espionnage, votée pendant la Première Guerre Mondiale (1914-1918) pour punir les espions et les traîtres, a été utilisée de plus en plus souvent, ces dernières années, contre des employés du Gouvernement qui ont fait parvenir à la presse des informations classifiées.

Jusqu’à maintenant, le Département  de Justice a fait une distinction entre les employés du Gouvernement qui filtraient des informations classifiées (délit passible de poursuites) et les médias publiant ces informations, ces derniers s’estimant protégés par le Premier Amendement qui défend notamment la liberté de religion, d’expression et de la presse.

D’après le « Washington Post », lorsque Demers déclare qu’Assange « a demandé explicitement d’avoir accès à des documents classifiés et n’a pas hésité à publier des informations pouvant mettre des personnes en danger »,  l’administration de Donald Trump est en train d’essayer de franchir cette ligne rouge qui a protégé, jusqu’à maintenant, les journalistes.

Selon le « Post », les déclarations de Demers occultent un fait crucial: le Premier Amendement n’accorde aucun droit particulier aux journalistes.

Cette partie de la Constitution, poursuit le quotidien, offre la même protection à tous ceux qui parlent, écrivent, informent et publient. Selon les mots mêmes de la Cour Suprême, l’objectif du premier Amendement « n’était pas de faire de la presse une institution privilégiée, mais de protéger le droit de chacun à s’exprimer librement et à publier ce qu’il désirait ».

De son côté, le portail digital « Politico » soutient, dans l’un de ses articles, que les journalistes essaient toujours d’obtenir de leurs sources des documents classifiés.

Si le Gouvernement réussit à poursuivre Assange pour ce type d’action, la même logique veut que les journalistes du « New York Times », du « Washington Post » et du « Wall Street Journal » soient les prochains à se trouver sur la sellette, estime « Politico ».

Un argument similaire a été utilisé dans un article du « Times » selon lequel ce qui importe n’est pas le titre officiel de journaliste mais qu’une activité journalistique -réalisée, par un professionnel ou par toute autre personne- puisse être considérée comme un délit aux États-Unis.

Selon « The Post », les deux procureurs chargés de l’affaire contre le fondateur de WikiLeaks ont utilisé la Loi sur l’Espionnage pour dresser leur acte d’accusation par crainte que les charges imputées à Assange soient invalidées par la protection qu’accorde le Premier Amendement.

Au-delà des implications sur la liberté de la presse et la liberté d’expression soulevées par cette nouvelle action de l’administration Trump, certains observateurs font remarquer que cette escalade judiciaire de Washington contre l’Australien pourrait retarder les efforts de l’Exécutif nord-américain pour faire extrader Assange vers les États-Unis.

L’Agence Associated Press (AP) affirme que la forme choisie pour cette accusation ouvre la porte à la défense d’Assange qui peut maintenant faire valoir que les charges retenues contre son client sont politiques, et par tant, ne sont pas compatibles avec le traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni, pays où l’inculpé se trouve détenu depuis le 11 avril de cette année.

En effet, quand le Gouvernement de l’Équateur, après sept années, a retiré son droit d’asile à Assange et l’a fait expulser de son ambassade de Londres, ce dernier a été condamné à une peine de 50 semaines de détention par la justice britannique.

Ashley Deeks, professeure de droit à l’Université de Virginie, a déclaré à Associated Press qu’à première vue, les accusations portées contre Assange semblent compliquer l’extradition demandée par les États-Unis « car, souvent, nous voyons l’espionnage comme une sorte de délit politique ».

peo/rgh/mar

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