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Opinions divisées concernant la prochaine mission de l’ONU en Haïti

Par Anelí Ruiz García *

Port-au-Prince, 3 juillet (Prensa Latina) Les Nations Unies ont approuvé une nouvelle mission d’accompagnement politique en Haïti qui remplacera l’actuelle mission d’appui à la justice, prévue pour octobre prochain, cependant, la disposition génère des opinions diverses.

Le Gouvernement a assuré que l’initiative était avantageuse, car Haïti ne sera plus sous le Chapitre VII de l’Organisme international mais sous le Chapitre VI, en tant que pays opérant normalement’, a déclaré à la presse le chancelier Bocchit Edmond.

Le ministre a indiqué que cette décision aura un impact positif, dans la mesure où les investisseurs étrangers ne verront plus la nation caribéenne comme instable, avec une mission de paix de l’ONU.

Une approche similaire a été avancée par Rosny Desroches, directeur exécutif de l’Initiative de la Société Civile, tout en reconnaissant qu’il reste encore beaucoup à faire, en particulier dans les domaines de la sécurité et de la gestion des conflits.

L’ancien ministre de l’Éducation a également indiqué que la police nationale avait démontré sa capacité à maintenir ‘un minimum d’ordre’, mais que la prolifération des gangs et des armes dans le pays est toujours en suspens.

Au cours de l’année écoulée, marquée par de graves troubles sociaux et une instabilité politique, des affrontements entre bandes armées ont également éclaté, qui, selon des sources non officielles, ont déjà fait plus de deux cent morts.

Le nouveau Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (Binuh) commencera son mandat le 16 octobre prochain, pour une période initiale de 12 mois, après laquelle il sera possible d’envisager son renouvellement.

Elle a été adoptée le 25 juin par 13 voix pour et 2 abstentions, la Chine et la République dominicaine, et dont les objectifs sont notamment d’aider le Gouvernement haïtien et la police dans leurs efforts pour maintenir l’ordre et l’état de droit, et pour ce faire, a-t-il été précisé, ils ont besoin du soutien de la communauté internationale.

Moise Jean Charles, l’une des voix de l’opposition les plus radicales et ancien candidat à la présidentielle, a déclaré ne pas être d’accord avec la nouvelle mission de l’ONU et a souligné que ‘ce n’est pas une bonne option pour le pays’.

Le secrétaire général du parti Pitit Dessalines a critiqué les initiatives antérieures de l´organisme internationale, et a prédit que ce déploiement ne changerait pas le paysage sociopolitique du pays.

Jean André Victor, coordinateur général du Mouvement Patriotique Populaire Dessalinien, s’est lui aussi élevé contre la Binuh et a suggéré d’évaluer les résultats des missions antérieures qui « n’ont pas rempli leur mandat de stabilité politique, de paix et de sécurité au pays ».

Lorsque la Mission de soutien à la justice (Minjusth) prendra fin en octobre prochain, ce sera la première fois en 15 ans qu’Haïti ne disposera pas d’un contingent militaire ou policier de l’ONU.

Sa présence fait l’objet de controverses et le bilan de ses résultats est très nuancé, tandis que certains louent l´aide à  la croissance de la police nationale, qui est passée d’environ deux mille 500 hommes en 2004 à près de 16 mille en 2019.

Il reste également à l’esprit que les casques bleus ont été responsables de l’introduction du choléra, qui a coûté la vie à quelque 10 mille personnes, sans que l’organisme international n’ait réglé l’indemnisation des familles.

Les troupes contestées des Nations Unies sont également accusées d’usage excessif de la force, de viols et d´abandon d’enfants, et d’être la seule de cette nature déployée en Amérique Latine et dans les Caraïbes.

D’autres structures progressistes critiquent également la présence de l’ONU en Haïti, qu’ils qualifient d’occupation militaire au service des intérêts géopolitiques des États-Unis.

Pour l’économiste, professeur et militant de gauche Camille Chalmers, on parle peu du rôle de l’ONU dans la situation complexe du pays, et de comment ses missions ont servi de prétexte pour implanter une base militaire nord-américaine dans les Caraïbes, cette fois couverte sous prétexte d´aide humanitaire.

La Binuh aura pour objectif, outre de conseiller le Gouvernement haïtien sur les moyens de promouvoir et de renforcer la stabilité politique et la bonne gouvernance, y compris l’état de droit, comme les missions précédentes, également de suggérer des moyens afin de préserver et de promouvoir un environnement pacifique et stable, notamment en facilitant un dialogue national inclusif.

Avec une trentaine de membres, son annonce arrive dans un contexte sociopolitique défavorable, où se multiplient les demandes de démission du président Jovenel Moïse, éclaboussé par un scandale de corruption et de détournement de fonds publics.

Tandis que le mécontentement populaire, l’insécurité et la prolifération des manifestations antigouvernementales augmentent, l’ONU entend également élaborer des stratégies pour lutter contre les violations des droits de l’Homme, lutter contre la corruption et soutenir le Gouvernement dans la planification et la tenue d’élections libres, régulières et transparentes.

Les analystes se demandent si cette nouvelle mission sera en mesure d’atteindre ses objectifs ambitieux, compte tenu des résultats globaux de l’intervention dans la nation caribéenne, et de la prétendue nécessité de rester dans le pays à tout prix.

peo/arb/ane

*Correspondante en chef de Prensa Latina en Haïti

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