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Accord Russie-Turquie : le prix du compromis

Par Antonio Rondón García

Moscou, 6 mars (Prensa Latina) Un accord entre la Russie et la Turquie sur la fin de la crise dans la province syrienne d’Idlib a été conclu par un prix élevé d’engagement et d’intérêts à déchiffrer.

La salle du Kremlin, où les pourparlers ont eu lieu, d’abord trois heures entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, puis au niveau des délégations, était pleine de symbolismes. L´un d´entre eux était un portrait de l’ancienne impératrice Ekaterina II. Avec l’image de fond de la gagnante officielle pour la couronne russe dans la longue guerre russo-turque pour la possession de la Crimée, Erdogan a dû montrer toute son habilité pour être réaliste, face à un Poutine serein et presque certain de parvenir à un accord sur au moins deux points.

L’arrangement parait très positif : un régime de cessation des hostilités s’impose, une zone démilitarisée autour de la route M-4 et une patrouille conjointe de cette artère stratégique entre militaires turcs et russes.

La Russie n’a à aucun moment cédé les positions occupées par l’armée syrienne, comme la ville de Saraqueb, qui domine la route M-5 reliant Damas et Alep, et d’autres localités récupérées dans la province syrienne d’Idlib, frontalière avec la Turquie et où ce pays cherchait à se renforcer.

Des experts du média numérique Voenoe Obozrenie soulignent que la Turquie a tout mal calculé, estimant que ses forces seraient supérieures à celles de la Syrie à Idlib et que la Russie ne participerait jamais aux combats pour éviter de rompre les liens avec Ankara.

Mais au contraire, la Russie a réagi de manière radicale. Elle a soutenu les forces syriennes en repoussant les offensives de groupes terroristes, y compris lorsqu´ils avaient le soutien de la Turquie, et a mené des actions  qui ont alerté Ankara sur sa disposition à soutenir fermement l’armée syrienne.

La Turquie a d’abord obtenu une certaine supériorité en utilisant massivement des drones d’assaut contre des positions des forces syriennes, mais celles-ci ont transféré à Idlib des armements antiaériens de précision, ce qui a conduit à la destruction d’au moins huit drones.

La publication russe indique que les forces syriennes, pour la plupart d’élite, soutenues sur le terrain par le mouvement libanais Hezbollah et la guérilla palestinienne, ont réussi à repousser toutes les attaques des extrémistes, y compris celles lancées quelques heures avant les pourparlers au Kremlin.

Tout cela n’a pas donné à Erdogan les meilleures options pour imposer des conditions lors de la rencontre avec Poutine, a estimé le média numérique.

La Russie a fait en sorte que la Turquie reconnaisse dans ce document la nécessité de préserver l’intégrité territoriale de la Syrie et de respecter sa souveraineté, ainsi qu´un engagement à combattre les groupes terroristes reconnus par l’ONU, comme le sont presque tous ceux réunis à Idlib.

En outre, l’accord a mis fin à d’éventuels plans de Washington visant à provoquer un affrontement entre Moscou et Ankara à Idlib, ce qui a également démontré l’intérêt des deux nations à maintenir le niveau de réconciliation atteint pour poursuivre la coopération.

Poutine et Erdogan ont récemment assisté à l’inauguration du gazoduc Torrente Turco, qui transporte du gaz à travers la mer Noire vers une localité proche d’Istanbul.

La Turquie a également renforcé sa coopération technique et militaire avec la Russie en achetant les complexes antiaériens S-400, ce qui a provoqué un différend avec les États-Unis, qui ont même menacé Ankara de sanctions.

De même, la Russie a réussi, au moins formellement, à conserver le trio des garants de la paix en Syrie, qui inclut également l’Iran.

Les médias locaux estiment que Poutine doit également maintenir un dialogue constructif avec Erdogan, qui devra bientôt affronter des élections devant une opposition qui l’accuse de trahison envers la patrie pour avoir cédé du terrain dans l’affaire d’Idlib et pour négocier avec la Russie.

Pour l’opposition turque radicale, c’est au moins une erreur politique de s’asseoir à la table des négociations avec un allié d’un gouvernement comme celui du président syrien Bachar el-Assad, dont le but de le renverser n’a jamais été dissimulé par Ankara.

Le fait est qu’à Moscou un accord pragmatique a été conclu pour mettre fin aux combats. Toutefois, il faudra prouver sur le terrain si les parties en présence se décident réellement à respecter les principes de l´arrangement.

peo/mgt/to

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