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L’Inflation à Cuba et les personnes vulnérables

La Havane, 2 février (Prensa Latina) Donner une solution au problème de l’inflation à Cuba dépasse les seules mesures à court terme. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui d’adopter des décisions émergentes pour atténuer son impact sur les personnes disposant de moins de ressources, a estimé l’économiste José Luis Rodríguez.

 Le lauréat du prix national d’économie 2019 a déclaré en exclusivité à Prensa Latina que la résolution du phénomène prenait du temps car elle portait sur des problèmes structurels.  Et dans le cas cubain, en plus de ses particularités, il a des points de contact avec ce qui s’est passé dans le monde, une inflation globale avec des causes très claires.

En 2020,  une grande partie de l’économie mondiale en effet a été paralysée à l’origine de la pandémie, ce qui a entraîné une hausse des prix internationaux, et cela a évidemment lesé le pouvoir d’achat du pays, a expliqué l’expert.

C’est l’une des raisons de la diminution de l’offre, une question essentielle puisque le déficit de produits face à une demande solvable est au cœur de l’inflation à l’échelle internationale.

Quoique d’autres facteurs touchent l’île des Caraïbes, c’est sans aucun doute une question prioritaire pour l’économie en 2022. C’est pourquoi il est important de mettre en œuvre un programme anti-inflationniste axé sur la résolution des causes qui la déchaînent et pas seulement sur l’attaque des conséquences, a considéré le conseiller du Centre de recherche économique mondial.

Rodríguez, qui a récemment reçu le prix national des sciences sociales et humaines 2021, a déclaré que l’une des actions d’un éventuel programme anti-inflationniste pourrait être d’atténuer l’impact négatif de la Tarea Ordenamiento (TO).

C’est un processus qui a unifié la monnaie et le taux de change, avec une dévaluation du peso cubain. Et c’est une question qui devait être compensée par des augmentations des salaires et des pensions face à la hausse des prix.

En particulier à court terme, l’accent doit être mis sur les plus vulnérables par le biais de compensations indispensables, des actions devant être communiquées et expliquées efficacement afin que la population sache comment le gouvernement travaille pour protéger les personnes les plus touchées et que personne ne soit laissé pour compte.

Un exemple des segments les plus vulnérables, a-t-il dit, peut être vu en tenant compte du fait que Cuba compte environ 1 600 000 retraités, et parmi ceux-ci, plus de la moitié reçoivent la pension minimale.

C’est une question qui exige une attention continue en 2022 malgré les lourdes dépenses enregistrées dans le budget de l’État. Il a donné comme exemple qu’en avril 2021 les pensions des personnes bénéficiant de l’aide sociale ont été augmentées de 280 pesos.

« Cela a coûté au pays quelque 1,9 milliard de pesos (plus de 79 millions de dollars », a-t-il précisé.

Cuba compte actuellement quelque 183 000 personnes vulnérables et un nombre important d’entre elles ont besoin d’une assistance sociale parce qu’elles ne peuvent pas subvenir à leurs propres besoins.

« Au-delà de la vulnérabilité »…

Un autre aspect est l’élaboration de programmes visant à réduire le déficit budgétaire. Il s’avère impérieux de protéger les plus défavorisés, mais il faut aussi réduire d’autres dépenses. C’est possible, car il y a des mesures qui ont été approuvées mais qui ne sont pas encore totalement mises en œuvre, comme la mise en place de la subvention pour les personnes et non pour les produits.

Il est également nécessaire, a-t-il poursuivi, de « résoudre la question de la subvention aux entreprises déficitaires atteignant fin 2021 un record négatif d’environ 500 entités non rentables ».

Il ne s’agit pas de ceux qui subissent des pertes induites par des décisions de l’État. Ceux-là peuvent être subventionnés, mais ils ne constituent pas la majorité.

Ensuite, le déficit budgétaire est un facteur clé qui augmente l’inflation, car il accroît les liquidités sans production pour les soutenir.

Enfin, il est nécessaire d’inverser l’augmentation soutenue du taux de change de la monnaie sur le marché informel, ce qui est n’est pas évident, mais pas impossible à résoudre, comme le démontre l’expérience de la Casa de Cambio (Cadeca) depuis 1995 en pleine période spéciale, a expliqué l’ancien ministre de l’économie.

Il y a des experts sur l’île qui peuvent apporter des idées, qui devraient être accompagnées de l’analyse des expériences internationales et, dans l’ensemble, parvenir à des solutions efficaces, a ajouté l’expert.

M. Rodríguez a évoqué cette question comme une variable importante pour l’inflation, notamment parce que les magasins qui vendent en monnaie librement convertible (LCM) sont actuellement l’une des principales sources d’approvisionnement du pays pour la population et les entreprises.

« Parmi les facteurs qui contribuent à la hausse du prix du dollar sur le marché informel, il y a le soutien de l’incertitude et de la spéculation promue depuis l’étranger avec l’aide des réseaux numériques », a-t-il dit.

Cependant, il existe un élément objectif, à savoir la nécessité pour le secteur non étatique d’acquérir des produits dans ces établissements en l’absence d’offres en pesos cubains.

Cela a un impact sur les performances de ces formes de gestion non étatique et sur les produits et services qu’elles offrent, qui deviennent plus chers et ont des répercussions sur la population.

Un programme anti-inflationniste devrait établir des règlements pour le secteur privé basés sur la compétitivité du secteur public, et non sur des actions administratives et des interdictions, a-t-il dit.

Les mesures proposées ont des coûts à court terme qu’il faut assumer en compensant – autant que possible – l’impact négatif sur la population.

Sans oublier que seule une augmentation de la production et de l’offre de biens et de services permettra de faire baisser progressivement les prix, tout en augmentant les revenus des travailleurs en contrepartie de leurs efforts et de leur productivité accrus, a-t-il conclu.

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