Agence de Presse de l'Amérique Latine

Marco Rubio: un sénateur avec des prétentions de grandeur et une obsession anti-cubaine (II)

Par Diony Sanabia *

Washington (Prensa Latina) Dès 2017, et depuis, le sénateur Marco Rubio a toujours été le premier à propager et à entretenir à l’intérieur du Congrès les informations sur les incidents de santé dont se sont plaints les diplomates nord-américains à La Havane.


Sa position concernant ce que Washington et la presse nord-américaine ont qualifié d´ ”attaques soniques” n’a jamais tenu compte des doutes constamment formulés à ce sujet par ses collègues républicains et démocrates à l’encontre des arguments avancés par l’Agence Centrale de Renseignements (CIA).

Aucune des audiences à huit clos tenues sur ce thème n’a pu présenter de raisons plausibles expliquant les évènements survenus.

On n’a découvert aucune arme, aucun motif, aucun coupable probable, mais Rubio a pratiquement dicté au Département d’État qu’il fallait à la fois réduire les représentations diplomatiques dans les ambassades de  Washington et de La Havane et lancer une alerte aux voyageurs nord-américains qui avaient le désir de visiter Cuba.

Après le départ quelque peu expéditif de Rex Tillerson du poste de secrétaire d’État à la suite d’un twitt du président Donald Trump, et le remplacement du conseiller à la Sécurité Nationale, Herbert R. MacMaster par le très controversé John Bolton, respectivement en mars et avril 2018,  Rubio a semblé prendre davantage d’importance dans l’administration Trump.

Donald Trump avait ses raisons pour opérer de tels changements car, d’après plusieurs sources,  Bolton fut le premier à lancer ses attaques contre les soi-disant armes biologiques de Cuba, accusation qui s’avérera être fausse, ce dont les services de renseignement nord-américains n’avaient jamais douté.

Rubio - principal responsable du ridicule encouru par Trump lorsque ce dernier annonça publiquement qu’il avait rempoté en Floride les élections de 2016 grâce au 84 pour cent du vote cubain- sentit immédiatement avoir trouvé en Bolton l’âme-sœur qui lui permettrait de mener à bien sa croisade anti-cubaine.

Il profita donc des changements à la tête du Conseil de Sécurité National pour introduire en la demeure son inconditionnel Mauricio Claver-Carone, homme peu doué et au verbe médiocre, selon certains, et dont la seule tâche, jusqu’à sa nomination au Conseil de Sécurité National, avait été de collecter des fonds auprès de donateurs assez crédules pour croire les promesses de ceux qui pariaient encore sur un échec du gouvernement cubain.

Cependant, Rubio allait devoir s’adapter à la direction du nouveau secrétaire d’État, Mike Pompeo qui, dès sa nomination, avait très clairement fait savoir qu’il allait s’appuyer davantage que son prédécesseur sur les instances du secrétariat d’État.

Pompeo, lorsqu’il fut nommé à la tête de la CIA, avait le même nombre d’années d’expérience que Marco Rubio au Congrès et, bien que siégeant dans des assemblées différentes, les deux hommes avaient pu compter avec le soutien du très conservateur Mouvement de la Tea Party.

Pompeo est  presbytérien. C’est un homme de foi qui a eu une formation militaire et a gravi les échelons de l’armée jusqu’à devenir officier. Rubio, quant à lui, a été catholique, mormon et baptiste -selon les besoins- et a avoué, lors d’un entretien à CNN, qu’il n’utilisait les armes-à-feu que comme passe-temps.

Pompeo a été le représentant du Kansas, un État avec un nombre important d’agriculteurs pour qui le marché cubain représente une bonne opportunité commerciale, comme le prouve l’engagement en ce sens du sénateur Jerry Moran et du représentant Roger Marshall, tous deux membres du Parti Républicain.

De son côté, Rubio est le représentant de la Floride, État dont les principales personnalités politiques exigent au reste du pays que le blocus économique, commercial et financier contre Cuba soit strictement appliqué.

Mais, en même temps, la Floride est l’État qui profite le plus des impôts (chiffrés à des centaines de millions de dollars) prélevés aux compagnies commerçant avec la grande île des Caraïbes.

De plus, la Floride est  également l’État qui reçoit de l’État fédéral les fonds les plus importants - fonds déclarés ou non- pour promouvoir un changement politique à Cuba en utilisant  des moyens allant de la propagande diffusée par Radio et Télévision Martí jusqu’aux projets chapeautés par l’Agence des États-Unis pour le Développement International.

Il va sans dire qu'une partie de ces fonds est attribuée aux campagnes de réélection des hommes politiques proposés par Washington et qui soutiennent la politique de la Maison Blanche. Et, depuis longtemps, Rubio est tout-à-fait conscient que son activisme contre les gouvernements du Venezuela et du Nicaragua pouvait être source d’importantes entrées d’argent.

En fait, Rubio et ses alliés bénéficient déjà de fonds privés individuels ou de groupes vénézuéliens, colombiens, nicaraguayens qui, comme leurs prédécesseurs cubano-nord-américains, financent la guerre par personnes interposées sans jamais participer aux combats sur le terrain.

Après la victoire de Jair Bolsonaro aux élections brésiliennes, Rubio s’est empressé d’inviter à Miami les parents et les amis du nouveau président de la puissante République du Brésil pour forger des alliances afin de combattre Cuba.

Au- delà des affinités idéologiques, il est très probable que  le sénateur Rubio ait été en grande partie responsable de l’alliance entre Trump, le Département d’État et l’un des hommes politiques contemporains d’Amérique latine le plus attiré par le fascisme.

Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle alliance accentue la mauvaise image que l’administration des États-Unis avait aux yeux des pays latino-américains et caribéens.

Depuis la nomination de Pompeo à la tête de la diplomatie américaine, Rubio a continué à harceler personnellement les fonctionnaires du Département d’État afin d’obtenir de nouvelles actions contre Cuba. Jusqu’à ce que l’impensable arrive.

Aux élections de mi-mandat du 6 novembre dernier, les cubano-nord-américains perdirent deux sièges qu’ils détenaient depuis quarante ans au Congrès Fédéral.

Ileana Ros-Lehtinen, qui avait eu Rubio comme membre de son équipe, ne se présenta pas aux élections et son héritière politique ne fut pas élue. Et Carlos Curbelo, après avoir posé à être le plus démocrate des républicains, fut battu par une nouvelle arrivante qui ne mentionna même pas Cuba au cours de sa campagne électorale.

Soudain, Rubio, ancien prote-parole de la Chambre des Représentants de Floride, ancien pré-candidat à la présidentielle qui, le 6 novembre, a failli ne plus être sénateur non plus, a senti que le temps était venu pour nuire encore davantage aux relations bilatérales entre les États-Unis et Cuba.

Maintenant, Rubio, au lieu de simplement donner des recommandations au Secrétariat d’Etat, a commencé à parler au nom de Pompeo, allant même jusqu’à annoncer à l’avance ce que le secrétaire d’État et ses subordonnés pourraient proposer ou décider en matière de politique cubaine.

Il l’a déjà fait à plusieurs reprises , par exemple, en ce qui concerne les mesures prescrites par la Loi Helms-Burton renforçant l’embargo et les  aspects légaux du récent accord entre les Grandes ligues du baseball nord-américain et la Fédération Cubaine de Baseball.

(Fin)

* Correspondant de Prensa latina aux États-Unis.

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