Agence de Presse de l'Amérique Latine

Équateur: énigme au sujet de l'enquête sur les rencontres Assange-Manafort

Par Sinay Céspedes Moreno

Quito, 22 janvier  (Prensa Latina) Les enquêtes que mènent des agents nord-américains auprès d'anciens employés du personnel de l'ambassade d'Équateur à Londres afin d'obtenir des renseignements sur de possibles rencontres entre Julian Assange et Paul Manafort, ne lassent pas de surprendre.


La demande de Washington de pouvoir s'entretenir avec ces  anciens diplomates a été portée au public par le portail WikiLeaks, fondé par le même Assange, et responsable de la divulgation de milliers de documents classifiés portant sur les pratiques irrégulières autorisées par la Maison Blanche.

Selon ce site digital, les entretiens entre agents nord-américains et anciens diplomates de l'ambassade d'Équateur à Londres, porteraient sur des réunions qu'aurait eues le cyber activiste australien, réfugié à l'intérieur de ladite ambassade depuis 2012, et Manafort, l'ancien chef de campagne de l'actuel président des États-Unis, Donald Trump.

"Le 7 janvier, le Département de Justice des États-Unis a émis des lettres rogatoires afin de pouvoir interroger six anciens diplomates de l'ambassade équatorienne de Londres, à la suite d'une histoire fabriquée par le quotidien "The Guardian" au sujet d'éventuelles rencontres entre Assange et Manafort", assure WikiLeaks sur Twitter, ajoutant que le gouvernement d'Équateur a accepté cette demande.

Ces réunions secrètes auraient eu lieu dans la capitale du Royaume-Uni en 2013, 2015 et 2016, selon un article publié en novembre dernier par "The Gardian", précise WikiLeaks.

Bien que les autorités n'aient fourni aucune explication officielle à ce sujet, plusieurs médias ont parlé de ces entretiens, ce qui a réveillé non seulement l'intérêt  mais aussi l'inquiétude  considérant le silence du gouvernement équatorien, et en particulier celui du Ministère des Affaires Étrangères et de la Mobilité Humaine lorsqu'il a été interrogé à ce sujet.

"Le Ministère des Affaires Étrangères de l'Équateur, respectueux de l'indépendance des fonctions de l'État, préfère ne pas se prononcer à ce sujet qui relève de la compétence du Pouvoir Judiciaire et, plus spécifiquement, du Procureur Général. Ce dernier se manifestera en temps voulu s'il le juge opportun": telle a été la réponse de la Chancellerie.

De son côté, le Ministère Public n'a émis aucune déclaration non plus.

Pour le moment, seul l'avocat de Julian Assange, Luis Poveda, a fait paraître  quelques commentaires qu'il a accordés en exclusivité au journal digital "Ecuator Immediato" dans lesquels il considère que ces démarches de la justice nord-américaine rendent plus vulnérables  les droits de son client.

Poveda a précisé que ni Assange, ni son équipe juridique n'ont reçu de notification concernant cette demande.

"Aujourd'hui, nous avons envoyé une requête écrite pour que nous soyons également tenus au courant  de ces demandes  afin de prendre connaissance de leur contenu, comme l'exige la coopération juridique entre les deux partis", a déclaré l'avocat.

Et il a profité de cette occasion pour rappeler que l'article du "Guardian" sur les supposées rencontres Assange-Manafort n'a jamais été soumis à vérification bien que des doutes aient été émis au sujet de la véracité des faits rapportés.

Ces nouveaux développements s'ajoutent à la situation difficile à laquelle est aujourd'hui confronté l'australien qui est toujours isolé à l'intérieur de l'ambassade équatorienne de Londres où, il y a quelques mois, il a dû se soumettre à un régime spécial dans lequel ses visites sont contrôlées et les frais pour ses services de base sont entièrement  à sa charge.

Dernièrement,  les réseaux sociaux ont rapporté qu' il avait été privé de chauffage et qu'on lui avait enlevé jusqu'au lit, mais ces informations ont été démenties par un Communique Officiel de l'exécutif équatorien.

Pour de nombreux observateurs, l'administration de l'Équateur cherche à exercer des pressions sur le cyber activiste afin d'essayer de le faire quitter la mission diplomatique où il a trouvé refuge depuis plus de six ans, cette hypothèse étant corroborée par plusieurs interventions de fonctionnaires officiels dans lesquelles ils encouragent Assange à se livrer aux autorités de Londres.

La Suède a ouvert un procès contre l'informaticien australien pour de supposés délits sexuels, procès qui a fini par être  classé. Cependant la défense d'Assange craint que que s'il quitte l'ambassade, il sera arrêté par la police britannique et pourrait être extradé vers les États-Unis où il devra répondre des fuites publiées par WikiLeaks.

Nombreuses sont les initiatives  entreprises depuis Quito pour tenter de trouver une solution a ce problème. Par exemple, Assange pourrait se voir accorder la nationalité équatorienne. Mais les représentants de la droite s'opposent à cette mesure et, pour le moment, aucune réponse au problème n'a été trouvée.

Pour le cyber activiste australien, dont les moyens d'actions sont déjà bien limités en raison de sa condition de réfugié, l'horizon devient de plus en plus bouché.

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