Agence de Presse de l'Amérique Latine

Chili: Diviser pour régner?

Par Rafael Calcines*

Santiago du Chili, 1er avril (Prensa Latina) Il semblerait que -afin, apparemment, de trouver des appuis pour faire passer certains de ses projets de loi controversés et, au passage, de diviser une opposition chilienne déjà très hétéroclite- le président Sebastián Piñera ait lancé à ses opposants une invitation à dialoguer.


L'invitation a été refusée par le Parti Communiste et d'autres forces politiques, puis celles qui l'ont acceptée ont fait savoir qu'elles  avaient des doutes sur les motivations réelles pour proposer un tel "rapprochement".

Le président du Parti Communiste, Guillermo Teillier, a été très clair. Pour lui, cette invitation présidentielle est totalement inutile: la discussion des projets de lois a déjà lieu à l'intérieur du Parlement, qui est l'endroit le plus approprié pour débattre et prendre des résolutions.

De son côté, Jaime Mulet, le président de la Fédération Régionaliste Vert Social (FRVS), estime que la proposition de Piñera obéit à une stratégie médiatique destinée à obtenir l'accord pour des réformes telles que la loi sur l'impôt et, pour ce faire, le président a besoin de manipuler les acteurs sociaux puisque le parti officiel est minoritaire au Congrès.

Les interprétations des forces politiques qui ont accepté la proposition du président sont différentes mais elles ont toutes un point commun: elles sont marquées du sceau d'un plus ou moins grand scepticisme.

Ainsi, Heraldo Muñoz, président du Parti Pour la Démocratie (PPD) et le premier à s'être rendu au Palais de la  Moneda, en est sorti après une heure d'entretien pour déclarer à la presse qu'il y avait, en effet, un rapprochement, mais qu' "il faudra voir" si ce rapprochement est suivi d' "actions concrètes".

Il a été suivi par le président de la Démocratie Chrétienne (DC), Fuad Chahín, qui espérait qu'il ne s'agissait pas uniquement, selon ses mots, d' "un petit jeu communicationnel". Puis il a averti que "si le gouvernement veut gouverner à nos dépens et augmenter d'un point sa côte de popularité dans les sondages du lundi, nous ne nous prêterons pas au jeu".

Quant à Carlos Maldonatp, le président du Parti Radical, il s'est dit disposé à accepter l'initiative du président parce que le respect et le dialogue sont les principes fondamentaux de la démocratie. Mais, a-t-il averti lui aussi, le Gouvernement se doit d'accepter les initiatives de l'opposition, car, s'il s'agit uniquement d'écouter les critères de ses opposants et rester intransigeant sur ses positions, il sera impossible de progresser".

Il s'agit d'avoir un échange sérieux et de parvenir à des compromis en cédant sur certaines positions si ces rencontres entre pouvoir en place et opposition ne doivent pas se réduire à de simples exercices de vie sociale, a-t-il indiqué.

De son côté, le président du Parti Socialiste, Àlvaro Élizalde, après avoir passé presque trois heures à s'entretenir avec le président, a déclaré que les différences entre le Gouvernement et l'opposition sont toujours présentes, notamment en ce qui concerne la réforme de l'impôt et celle des retraites, et que le gouvernement  doit "faire un signe".

D'autres rencontres au Palais de la Moneda sont prévues avec les dirigeants du Front Ample qui ont accepté l'invitation, bien que certains d'entre eux ne semblent avoir reçu aucune invitation.

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle "vocation au dialogue" de Piñera n'est pas nouvelle. Il l'a déjà essayée au début de son mandat, il y a un an, pour s'en prendre ensuite à l'opposition avec qui il avait essayé de dialoguer, qualifiant cette dernière d' "antipatriotique" et d' "intransigeante".

Et, malgré tous ces nouveaux chants de sirène pour attirer l'opposition, il ne semble pas que l'attitude du Gouvernement ait vraiment changé.

Restent les propos de la ministre porte-parole du Gouvernement, Cécilia Pérez, qui, à la veille de ces entretiens, a déclaré que les autorités de La Moneda "ont toujours été en faveur du dialogue et du consensus" et que cette opportunité pour échanger n'a qu'un seul objectif : "le bien-être des familles de notre pays".

Cependant, lorsqu'on lui a demandé si ce dialogue pouvait conduire le Gouvernement à adapter aux propositions de l'opposition certaines des ses décisions, sa réponse a été : "il ne faut pas oublier que c'est nous qui sommes au pouvoir".

Le quotidien El Mercurio, porte-parole de la droite la plus conservatrice, a été encore plus clair. Selon un reportage publié à ce sujet, le journal cite le politologue Mauricio Morales pour qui  "Piñera sait bien qu'une opposition obstinée est condamnée à être critiquée par l'opinion publique".

Ce même politologue estime que Piñera veut attirer la Démocratie Chrétienne car, bien qu'elle soit dans l'opposition, sa politique est proche de celle de son gouvernement centre-droit.

Et, conclut-il, " la manœuvre du Gouvernement est claire. Il a les meilleures cartes en mains: une partie de l'opposition est disposée au dialogue alors que l'autre ne veut rien avoir à faire avec lui. Si la maxime "diviser pour gouverner" résume la stratégie de Piñera, c'est exactement ce qu'il lui faut en ce moment".

*Correspondant de Prensa Latina au Chili.

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