Agence de Presse de l'Amérique Latine

L'amour fait des miracles: encore une petite-fille qui retrouve sa famille en Argentine (I)

Par Maylin Vidal

Buenos Aires, 15 avril (Prensa Latina) Peu importe qu'on les ait appelées "folles", peu importe leur douleur et leur impuissance, les Grands-Mères de la Place de Mai ont converti leur lutte pour récupérer chacun des petits-enfants volés par la dictature militaire argentine en un profond acte d'amour.


Mardi dernier, dans ce pays traversé par une grave crise économique et une effervescence latente, les problèmes se sont pendant un moment arrêtés pour de nombreux argentins lorsqu'ils ont appris que la petite-fille n° 129 avait été retrouvée. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre.

"Les larmes me montent aux yeux; il n'y a pas de plus grand acte d'amour que celui de ces Grands-Mères de la Place de Mai", a écrit sur son compte Twitter l'un des milliers d'argentins qui se sont réjouis en apprenant la nouvelle.

La jeune femme retrouvée aurait dû s'appeler Soledad, selon le vœu de sa mère, disparue alors qu'elle était enceinte de huit mois. La petite fille née de cette grossesse habite maintenant en Espagne, et depuis 2012, elle a commencé des recherches pour retrouver ses parents naturels. Aujourd'hui, 42 ans plus tard, elle pourra rencontrer non seulement ses grands-parents, ce qui a été le cas des autres petits-enfants retrouvés, mais elle pourra aussi connaitre son père, ses frères et son oncle qui sont encore en vie.

"Je sens que cette rencontre va être  un moment fabuleux. J'en suis remplie de joie", a déclaré Estela de Carlotto, toute émue. Cette Grand-Mère de la Place de Mai -une dame au visage noble et à l'abondante chevelure blanche- s'est fait connaitre du public lorsque, en compagnie des autres Grands-Mères, ses compagnes de lutte, elle recherchait sa petite-fille disparue au cours de cette dure et triste époque  de l'histoire d'Argentine (1976-1983) qui mutila des milliers de familles sans parvenir à leur enlever l'espoir.

"Aujourd'hui", a déclaré Carlotto lors d'une conférence de presse où elle était entourée du collectif des Grands-Mères de la Place de Mai et de nombreux jeunes, "certains de ces enfants enlevés à leurs familles ont finalement réussi à récupérer leur véritable identité grâce à cette lutte".

À ses côtés, se trouvait un monsieur vêtu d'une chemise rouge-bordeaux, dont les yeux brillaient d'émotion et de bonheur. C'était Carlos Alberto Sosona, le père de la jeune fille retrouvée, qui avait encore du mal à croire, qu'après quarante ans, il allait pouvoir enfin tenir bientôt entre  ses mains le visage de sa fille disparue, l'embrasser, lui raconter la souffrance de ces longues années de recherche.

"Personne ne peut imaginer les milliers de nuits que j'ai passées sans pouvoir fermer les yeux en attendant ce moment", a souligné à la presse ce père marqué par la douleur et qui va maintenant pouvoir compenser la souffrance ressentie le jour où il alla à la rencontre de son épouse, Norma Sintora, une militante du PRT-ERP, qui avait été arrêtée dans la province de Buenos-Aires et avait disparu.

Sa fille, la "petite-fille n° 129 (chiffres que les Grands-Mères lui ont donné parce qu'elle la 129ème à avoir été retrouvée - on calcule qu'il en reste encore plus de 300) vit actuellement en Espagne et elle s'est prêtée volontairement à une analyse ADN en Argentine, mais les Grands-Mères ne la connaissent pas encore.

"Son père l'attend avec anxiété pour la prendre dans ses bras. Nous aimerions que la tranquillité et l'intimité de la famille soient respectées", a demandé Carlotto, qui a maintenant 89 ans  et qui, chaque fois que l'un de ces "enfants" est retrouvé sent son cœur en paix pour avoir permis à tous ces jeunes, âgés maintenant de 39 à 45 ans, de retrouver l'identité  que la dictature leur avait volée.

Partie II : http://frances.prensa-latina.cu/index.php?option=com_content&view=article&id=882113:lamour-fait-des-miracles-encore-une-petite-fille-qui-retrouve-sa-famille-en-argentine-ii&opcion=pl-ver-noticia&catid=59&Itemid=101


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