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Frictions entre la France et les États-Unis: Trump fait pression sur Paris


Par Waldo Mendiluza*

Paris, 21 août (Prensa Latina)Alliés et associés dans certaines aventures de guerre, la France et les États-Unis en sont revenus à un scénario de frictions diplomatiques, ce que Paris essaie d'éviter de son mieux; mais en ces temps de Donald Trump ce type d'effort est voué à l'échec.

La polémique entre Emmanuel Macron et Donald Trump ne date pas d'aujourd'hui. Rappelons qu'en novembre dernier le magnat de l'immobilier devenu chef de la Maison Blanche avait utilisé son arme préférée, le réseau social Twitter, pour mettre dans l'embarras son homologue français.

 

Le contexte de l'époque  -les célébrations à Paris du centenaire de l'armistice de la Première Guerre Mondiale, célébrations auxquelles le président nord-américain assistait- n'avait pas empêché ce dernier, quelques heures plus tard, de critiquer l'initiative française de promouvoir une armée européenne, de reprocher au Palais de l'Elysée de mettre des obstacles aux importations de produits nord-américains -le vin, en particulier-, et de condamner les propos de son amphitryon contre le nationalisme.

Et pour gêner Macron encore davantage, il avait affirmé que les propos du président français sur la politique de sécurité du vieux continent et sa défense du patriotisme, opposé au nationalisme, n'étaient que des subterfuges pour dévier l'attention de ses problèmes domestiques comme sa baisse de popularité et le taux élevé du chômage en France.

Le chef de La République en Marche n'eut pas d'autre choix que de répondre à Trump. À l'occasion d'un entretien accordé à une chaîne de télévision publique locale, Macron déclara qu' "être l'allié des États-Unis ne signifiait pas être un État vassal".

Les "nouveaux champs de bataille" qui s'annonce entre Washington et Paris pourraient s'avérer un peu plus compliqués car l'un d'entre eux concerne une décision législative, et l'autre, une vision différente de la politique étrangère.

Aucun observateur, cependant, ne prévoit que le sang puisse couler, avant tout parce que l'histoire a démontré que, dans l'Union Européenne, tout le monde préfère éviter la confrontation avec la superpuissance que représentent les États-Unis.

LES FAITS.

Le 11 juillet, le Parlement français a approuvé la loi dite GAFA (acronyme de Google, Amazone, Facebook et Apple) qui consiste à prélever une taxe de trois pour cent sur les bénéfices de ces géants de l'Internet, et spécialement sur les bénéfices provenant de la publicité destinée aux ventes en ligne et aux ventes à des fins publicitaires.

Les États-Unis ont tout de suite réagi en jugeant cette loi discriminatoire contre les compagnies dont le siège se trouve sur le sol nord-américain.

Quelques jours plus tard, la Maison Blanche est passée à la vitesse supérieure lorsque Trump a twitté que la loi GAFA était "une stupidité de Macron" et qu'il a menacé la France avec "une action réciproque substantielle " ... en plus de lâcher une de ces phrases qui caractérisent son comportement sur les réseaux sociaux: "J'ai toujours dit que le vin étasunien était meilleur que le vin français".

Le chef du Palais de l'Elysée n'a pas réagi. Il a laissé le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, le faire à sa place. Ce dernier a assuré que l'imposition d'une taxe aux entreprises de l'Internet ne visait pas particulièrement les compagnies nord-américaines, comme l'affirme Trump.

"Il n'y a aucune volonté de notre part de vouloir viser telle ou telle compagnie en particulier", a insisté Le Maire.

Selon lui, cette mesure répond  à un besoin de justice fiscale puisque les géants de l'Internet payent moins d'impôts que les autres compagnies et que la loi ne concerne que les compagnies dont les bénéfices globaux sont supérieurs à 750 millions d'euros et à 25 millions en France, quelle que soit leur nationalité.

Ce qui inclut, évidemment, des compagnies nord-américaines, européennes, françaises et chinoises, a-t-il souligné, tout en renouvelant la proposition de Paris de parvenir à un accord international sur les taxes imposées aux compagnies de l'Internet -le sommet du G7 à Biarritz pouvant servir de scénario propice pour la discussion de ce thème.

Le Maire a également rappelé que la France était prête à aborder le sujet avec les États-Unis, tout en répétant qu'il s'agissait d'une décision du Parlement français et qu'elle serait donc appliquée.

Dans le cadre des réunions préparatoires au sommet de Biarritz, Paris a profité de sa présidence du G7 pour aborder le sujet de cette taxe lors d'une réunion des ministres de l'Economie et des gouverneurs des banques centrales qui s'est tenue les 17 et 18 juillet derniers.

Dans les conclusions rapportées par la partie française, Paris a mentionné le consensus sur l'utilité d'une telle mesure, tout en rappelant qu'il s'agissait aussi de son propre point de vue sur la question.

Interrogé à ce sujet, le secrétaire nord-américain au Trésor, Steven Mnuchin, s'est montré assez réservé et a affirmé qu'il restait "encore beaucoup à faire".

Il est vrai que le mois d'août a connu un répit sur ce problème, mais tout paraît indiquer que la France remettra la question sur le tapis à Biarritz où elle défendra sa proposition et tentera de lui donner une portée internationale.

L'IRAN.

Autre thème de friction entre Trump et Macron: l'Iran; comme on a pu le voir le 8 et le 9 août, après que le président  nord-américain ait twitté que l'Iran connaissait de graves problèmes financiers et cherchait désespérément à entrer en contact avec son administration, mais que Téhéran "reçoit des signaux contradictoires de tous ceux qui prétendent nous représenter, y compris le président français, Macron".

"Je sais qu'Emmanuel a de bonnes intentions, comme tout le monde, mais personne ne peut parler au nom des États-Unis. Personne n'a le droit, en aucun cas, de nous représenter", a-t-il ajouté.

Washington a quitté l'accord sur le programme nucléaire avec Téhéran, signé en 2015 à Vienne, et a repris ses sanctions unilatérales contre le pays perse, intensifiant ainsi les tensions et augmentant les risques d'une confrontation dans le golfe Persique, alors que l'Allemagne, la France, la Chine, le Royaume-Uni et la Russie - les autres signataires du pacte- ont réitéré leur engagement à le faire appliquer.

En cette occasion non plus, Macron n'a pas répondu à Trump, mais Paris n'est pas resté les bras croisés et, le jour suivant le tweet, le ministre français des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé que la France n'avait pas besoin d'autorisation pour maintenir des contacts avec l'Iran afin de réduire les tensions.

"Au sujet de l'Iran, la France s'exprime en totale souveraineté. Elle est fortement impliquée dans le maintien de la paix et de la sécurité dans la région et ne nécessite l'autorisation de personne", a déclaré Le Drian dans un communiqué.

Le chef de la diplomatie française a répété que Paris est fidèle à son engagement à l'accord de Vienne, comme le sont tous les autres signataires, à l'exception des États-Unis.

Trump et Macron se verront face à face au sommet du G 7 de Biarritz sans que, pour le moment, ont ait annoncé aucune rencontre préalable entre les deux hommes qui pourraient limer quelque peu toutes ces aspérités; bien que les experts insistent sur le fait que cela n'est peut-être pas nécessaire.

* Correspondant de Prensa Latina en France.

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