Agence de Presse de l'Amérique Latine

Le futur de l´OEA

Washington, 17 décembre (Prensa Latina) L’uruguayen Luis Almagro, malgré ses sauts périlleux politiques, travaille aujourd’hui dans les couloirs de Washington pour être réélu secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), alors que l’Amérique Latine et les Caraïbes connaissent une grande instabilité.


Des sources proches de l’organisme régional affirment qu’il ne sera pas facile d’être élu pour la deuxième fois en mars prochain, en dépit du soutien déclaré des États-Unis et de certains des gouvernements qui ont constitué le Groupe de Lima, déjà en déclin, dans le but de harceler et d´agresser le Venezuela.

Il vient même de recevoir les remerciements du putschiste bolivien Luis Fernando Camacho, candidat présidentiel aux prochaines élections du pays andin, pour son 'objectivité et impartialité'.

Contrairement à 2015, quand il a été élu sans rivaux avec 33 voix et une abstention, sa position controversée lors de plusieurs crises régionales est maintenant connue et il devra rivaliser avec deux aspirants aux trajectoires solides et au soutien diplomatique croissant.

Au cours des dernières semaines, les candidatures de Maria Fernanda Espinosa, de l’Équateur, et de Hugo de Zela, du Pérou, chacune avec son programme, mais coïncidant, selon les mêmes sources, dans la recherche de consensus et dans la prise de distance avec le travail de division mené par Almagro.

La diplomate équatorienne, âgée de 55 ans, a été chancelière de son pays et Présidente de l’Assemblée Générale des Nations Unies et, si elle réussit, sera la première femme à diriger l’OEA depuis sa fondation en 1948.

Pour sa part, le péruvien est un diplomate de carrière de 68 ans, ayant une vaste expérience en Argentine, au Brésil et aux États-Unis, entre autres, ainsi qu´au sein de la propre OEA en tant que représentant permanent de son pays et chef de cabinet de deux anciens secrétaires généraux.

Il est encore trop tôt pour prédire le niveau de soutien qu’Espinosa ou De Zela pourraient obtenir, mais le gouvernement nord-américain a déjà avancé son soutien total à Almagro, âgé de 56 ans, en le décrivant comme un candidat « super qualifié ».

Le sous-secrétaire d’État par intérim aux Affaires de l’Hémisphère Occidental, Michael Kozak, a récemment assuré que Washington soutiendrait Almagro dans la poursuite de son mandat et « nous avons l’intention de faire -a-t-il ajouté- tout ce qui est possible pour s’assurer qu’il en soit ainsi ».

En 2015, Almagro est devenu le dixième secrétaire général de l’OEA, succédant au chilien José Miguel Insulza, âgé de 76 ans, après que se soient retirés de la compétition sans autre explicationl’ancien vice-président guatémaltèque Eduardo Stein et l´ex-chancelier péruvien Diego Garcia-Sayan.

Au cours de son mandat, Almagro a tenté de faire face à des explosions sociales en Bolivie, au Chili, en Colombie, en Équateur et au Brésil avec des actions suspectes de surveillance électorale et des déclarations confuses et provocatrices, qui ont rencontré des résistances dans les chancelleries d’Amérique Latine et des Caraïbes.

Récemment, il a affirmé que la lutte contre la violence à l’égard des défenseurs des droits de l’Homme relevait de la responsabilité des gouvernements, mais aussi des citoyens. Puis il a souligné que 'les droits de l’Homme dans tout le continent ont des ennemis dangereux', sans définir s’il s’agissait des manifestants ou des politiques répressives.

Il a toutefois réaffirmé son soutien sans réserve à l’annonce faite par l’administration de Washington selon laquelle le Venezuela constitue une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale, à l’économie et à la politique étrangère des États-Unis.

Il a été à la tête de l’OEA pendant l’essor des gouvernements néolibéraux en Argentine et au Brésil, la répression au Honduras, la judiciarisation des anciens présidents en Argentine, en Équateur et au Brésil, et les tentatives de déstabilisation au Nicaragua.

La liste est longue, mais Almagro traite avec un enthousiasme particulier les thèmes de sa préférence : Nicolas Maduro au Venezuela et Evo Morales en Bolivie, bien qu’il ne pardonne pas la réélection légitime de Roosevelt Skerrit sur la minuscule île caribéenne de la Dominique.

Marié à une diplomate sud-africaine, après avoir divorcé d’une fonctionnaire de la chancellerie uruguayenne, il a sept enfants, élevés dans plusieurs pays où il a servi en tant que fonctionnaire.

Ceux qui ne le connaissent pas bien croient encore aux vestiges de prestige qui lui ont valu le fait d’avoir été chancelier de l’Uruguay pendant cinq ans au sein du gouvernement populaire de José 'Pepe' Mujica (2010-2015), mais ceci est de l’histoire ancienne.

Il était d´ailleurs arrivéau sein du Mouvement de Participation Populaire, membre du Front Ample de gauche au pouvoir, et avec lequel il a été élu sénateur en 2014, après avoir navigué dans plusieurs courants du Parti National de droite.

En prenant ses distances avec Almagro, Mujica lui a signalé dans une lettre : « Je suis désolé de la direction que tu as prise et je la sais irréversible, c’est pourquoi je te dis officiellement au revoir ». L’actuel président de l’Uruguay, TabaréVázquez, a également pris de la distance avec Almagro.

Après avoir déclaré en 2018 qu’aucune option, y compris militaire, ne devait être écartée du Venezuela, Almargo avait été expulsé du Front Ample uruguayen par un comité disciplinaire de cette alliance politique.

En mars prochain, si Almagro est réélu, les observateurs se demandent s’il continuera à faire avancer les mandats néolibéraux des États-Unis ou s’il tentera d’entendre les revendications populaires croissantes de la région.

En outre, sera-t-il en mesure de travailler à l’intégration régionale avec le Mexique, à la tête de la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes, qui a déclaré cette région comme zone de paix?

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