Agence de Presse de l'Amérique Latine

Le fragile équilibre mondial, selon Paul Oquist

Par Néstor Marin *

Londres, 14 juillet (Prensa Latina) Nord-américain de naissance et sandiniste par adoption, l’économiste et conseiller du gouvernement nicaraguayen Paul Oquist est également défenseur d’un monde en danger d’extinction, surtout en raison de l’action de l’homme.

Il est très symptomatique que le nouveau coronavirus nous montre maintenant à quel point nous sommes peu préparés à faire face à ces risques élevés, et combien nous investissons politiquement et économiquement peu pour les éviter, a déclaré Oquist lors d’une vidéo-interview avec Prensa Latina à l’occasion de la prochaine présentation à Londres de son livre Equilibra.

L´expert considère cependant que, malgré le degré élevé de destruction sociale et économique provoqué par le Covid-19, son impact sur la vie des êtres humains est 'petit, 'passager et récupérable', comparé à celui que causerait un échange nucléaire ou le changement climatique.

Le commandant en chef Fidel Castro (leader historique de la Révolution cubaine) a mis en garde dans certaines de ses réflexions sur les menaces que représentent le changement climatique et les armes nucléaires, a-t-il rappelé.

Oquist a expliqué qu’Equilibra, une série de deux volumes qui commence avec Ultimatum, traite précisément de l’existence et de l’évolution de l’univers, et de comment les facteurs cosmologiques, géologiques, épidémiologiques et anthropiques le maintiennent au bord de l’extinction.

Toutefois, Oquist estime que les plus dangereuses et à la fois évitables de ces situations sont le changement climatique et une conflagration nucléaire, et regrette que certains gouvernements comme celui des États-Unis n’adoptent pas de position ferme et engagée à cet égard.

CHANGEMENT CLIMATIQUE

Dans le cas du changement climatique, nous pourrions atteindre un point de non-retour, parce qu’il est prouvé que l’espèce humaine n’est pas prête à supporter des températures supérieures à 50 degrés Celsius, a-t-il déclaré.

Pour celui qui est également ministre-secrétaire privé aux Politiques Publiques du Nicaragua, il est impératif que les États prennent des engagements contraignants pour réduire les émissions de carbone de moins de 45% d’ici 2030, et atteindre la société à zéro émission nette d’ici 2050.

Si nous faisons cela, nous avons l´espoir de faire baisser la température mondiale de 1,5 degrés, et ainsi éviter des conséquences fatales, a-t-il souligné.

Il a également rappelé que le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a proposé en 2015 que les pays qui ont le plus contribué aux dommages environnementaux avec la révolution industrielle compensent ceux qui en subissent les conséquences.

Certains pensent que c’est une proposition très radicale, mais tous les systèmes juridiques du monde, du Code Napoléon à la Common Law (droit anglo-saxon), prévoient que celui qui cause un dommage doit payer l’indemnisation, a-t-il affirmé.

Selon l’économiste, le monde y parviendra tôt ou tard, parce que c’est la seule façon scientifique de déterminer les responsabilités en ce qui concerne les dommages causés par le changement climatique.

MENACE NUCLÉAIRE

Oquist considère également que la fin de la dénommée guerre froide a entraîné une démobilisation du mouvement antinucléaire qui a été très forte dans les années 60 du siècle dernier.

Aujourd’hui, il semble que nous nous soyons habitués à vivre avec elles (les armes), a déclaré l’ancien fonctionnaire de l’ONU, en avertissant que le monde compte plus de quatre mille ogives nucléaires.

Soulignant que 'nous ne devons pas jouer à la roulette russe' avec cet armement, Oquist, qui dans son livre fait un compte rendu détaillé de plusieurs incidents politiques qui ont mis l’humanité au bord de l’extinction par une attaque atomique, estime que la solution serait de commencer par un désarmement progressif, à la fois des pays qui ont déclaré avoir des ogives nucléaires et des pays qui n’en ont pas.

L’IMPÉRIALISME ET SES ÉTAPES

Le deuxième volume d´Equilibra traite de l’impérialisme et de ses étapes, que l’auteur divise en mercantilisme, colonialisme de colons, colonialisme de ressources, colonialisme tardif, néocolonialisme et domination à spectre complet.

À ce stade, Oquist estime nécessaire de souligner que les mesures coercitives unilatérales et illégales telles que celles appliquées par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union Européenne contre d’autres nations, organisations et individus sont un exemple clair de ce stade impérialiste.

Ils s’érigent en policier, procureur, juge et gouverneur sur le reste du monde, sans que personne ne leur en ait donné le pouvoir, ni le droit de juger les autres, a affirmé l’universitaire, qui a cité les cas de Cuba, de l’Iran, du Venezuela et du Nicaragua.

Il a en outre considéré comme une circonstance aggravante l’application extraterritoriale de telles mesures coercitives y compris durant la pandémie de Covid-19, ce qui est considéré comme crime contre l’humanité par le Statut de Rome, acte constitutif de la Cour Pénale Internationale.

Ils gèlent les avoirs, violent les droits de l’Homme et le droit à la propriété individuelle d’une manière absolument arbitraire et contraire au droit international, a-t-il manifesté.

Selon Oquist, l’expression la plus récente de ce qu’il a également qualifié d’acte de piraterie moderne est le refus de la Banque d’Angleterre de restituer au Venezuela l’or déposé dans ses coffres de la City de Londres, avec l’argument douteux que le gouvernement britannique ne reconnaît pas Nicolas Maduro comme le président constitutionnel du pays sud-américain.

Même les pirates sir Francis Drake et sir Walter Raleigh n’ont jamais rêvé de s’emparer de cet énorme butin, et la banque le fait maintenant par décret administratif, protégé par des sanctions illégales contre le Venezuela et avec l’appui du système judiciaire britannique, a-t-il insisté.

peo/arb/nm

*Correspondant de Prensa Latina au Royaume-Uni.