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Elián González, l’enfant qui a remué l’histoire de Cuba

Par Claudia González Corrales

La Havane, 28 juin (Prensa Latina) Au moment où l’enfant Elián González est revenu à Cuba, il y a aujourd´hui 21 ans, son image avait déjà parcouru le monde, les relations avec les États-Unis demeuraient tendues et l’île mettait en oeuvre un nouveau programme de transformations. 

Le petit garçon de six ans rentrait chez lui après avoir perdu sa mère dans un naufrage, être séquestré dans l’État nord-américain de Floride et après sept mois de disputes juridiques et politiques entre les deux nations séparées par 90 milles.

Elián González est né dans la municipalité de Cárdenas, dans la province occidentale de Matanzas, le 6 décembre 1993.

Le 22 novembre 1999, à quelques jours de la célébration d’un nouvel anniversaire, avec sa mère, Elizabeth Brotons, et 12 autres personnes, il est monté sur une embarcation rustique pour quitter illégalement Cuba et se diriger vers les États-Unis, sous la promesse de la résidence permanente par la Loi d’ajustement cubain.

Le bateau a chaviré au milieu de l’océan et presque tous les membres de l’équipage (11) ont péri, y compris sa mère. 'Je me suis endormi; quand j’ai rouvert les yeux, je n’ai vu personne, je n’ai pas vu ma mère', racontera l’enfant plus tard.

Je expliquera aussi comment elle, 'sans savoir nager, a parié pour sauver ma vie : elle a su me maintenir au sein du radeau (une chambre pneumatique), me couvrir avec une couverture et me laisser cette bouteille d’eau'.

Le 25 novembre, des pêcheurs ont trouvé Elián défailli sur cette espèce de flotteur, au large des côtes de Floride, et le Service de l’immigration et de la naturalisation des États-Unis (INS, pour ses sigles en anglais) l’a placé sous la garde de Lázaro González, un grand-oncle de Miami qui ne l’avait vu qu’une fois.

Le père de l’infant, Juan Miguel González, n’a appris le départ de son fils et sa mère que trop tard, mais à hauteur du 27 novembre, il avait déjà envoyé une lettre au Ministère des Affaires Étrangères cubain pour qu’il s’occupe avec les autorités nord-américaines du retour d’Elián, message également entendu par le Conseil d’État.

Le 2 décembre 1999, Gonzalez est reçu par le leader historique de la Révolution, Fidel Castro, qui avait été informé de sa vie, sa relation avec son fils, et lui a y compris proposer de se rendre aux États-Unis pour être avec son fils et y rester s’il le souhaité.

'Je lui ai dit que je n’avais aucun intérêt à aller là-bas, ce que je voulais c’était qu’on me ramène Elian. Et il m’a répondu : 'Calme-toi. À partir de demain, le peuple, le pays tout entier, défendra cette revendication', raconte le texte intitulé Juan Miguel González : Fidel considérait Elián comme son fils, du journaliste Enrique Ojito.

Fidel Castro savait qu’en plus de 40 ans Washington n’avait jamais accédé à une telle demande légale, de sorte que le retour d’Elian ne pourrait être obtenu que 'par une intense bataille politique et d’opinion publique nationale et internationale'.

Et c’est ce qui s’est passé. Le 5 décembre, devant le Bureau des intérêts de Washington à La Havane, des centaines de jeunes ont protesté contre la détention de l’enfant, prélude à ce qui serait plus tard des marches de masse et rassemblements dans différentes villes du pays.

Cet événement a également marqué le début de la Bataille d’idées, initiative de Fidel Castro permettant de développer plus de 170 programmes dans les domaines sociaux et économiques de Cuba.

Le 5 janvier 2000, l’INS a reconnu le droit de Juan Miguel González à l’autorité parentale sur son fils, décision approuvée par la procureur général Janet Reno.

Le retour était prévu avant le 14 du même mois, mais des membres de la famille d’Elian aux États-Unis et les groupes anticubains de Miami ont fait appel et ont porté l’affaire devant les tribunaux nord-américains. Elián était toujours kidnappé. 

Dans le même temps, les médias nord-américains le montraient entouré de jouets, déguisé en personnages de dessins animés, vêtu de vêtements et de chaussures neufs, y compris avec un poney; la députée Ileana Ros-Lehtinen enveloppa même l’enfant dans le drapeau des 50 étoiles. Elian est ensuite apparu devant une caméra et dans les médias avec une phrase anglaise apprise par cœur à l’âge de six ans, disant qu’il ne voulait pas retourner à Cuba.

Juan Miguel González a voyagé avec sa femme Nersy Carmenate et son autre fils à Washington le 6 avril 2000 pour la bataille juridique pour le retour Elián, mais il a mis 16 jours à rejoindre son fils, après une opération fédérale qui l’a sauvé des mains de ravisseurs.

Après des menaces constantes, des tentatives de corruption pour qu’il reste aux États-Unis, Juan Miguel est descendu d’un avion avec Elián dans les bras, à l’aéroport José Marti de La Havane, à 19 h 53, heure locale, le 28 juin 2000.

Au sujet de cette histoire, le Prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez a écrit : 'le véritable naufrage d’Elián n’a pas eu lieu en haute mer, mais lorsqu’il a foulé la terre ferme aux États-Unis'.

Pour le journaliste Iroel Sánchez, l’arrivée de l’enfant en Floride a été convertie par les grands médias locaux et occidentaux en 'matière première pour la diabolisation de Cuba', et, selon l’agence de presse russe Spoutnik, ce fait a polarisé encore plus les différences entre le peuple de l’île et les exilés aux États-Unis.

Comme l’a fait remarquer le politicien Ricardo Alarcón, Elián a été soumis à la maltraitance des enfants la plus impunie et la plus médiatisée, et son enlèvement 'a ému toute la société cubaine et nous a transformés en une seule famille'.

À ce sujet, Fidel Castro a déclaré : « À aucune des occasions de nos luttes je n’ai éprouvé autant d’émotion qu’à l’ouverture de la porte de l’avion qui les a ramenés des États-Unis, après tant de mois de combats sans trêve, j’ai vu émerger (...) les figures de Juan Miguel et Elián (...), devenus des géants et symboles moraux de notre patrie'.

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