Agence de Presse de l'Amérique Latine

Sortir l’Afrique de la pénombre: le défi du siècle

Par Richard Ruíz Julién

Addis Abeba, 23 octobre (Prensa Latina) L’électrification insuffisante de l’Afrique explique pourquoi tous les experts considèrent que la solution aux problèmes d’énergie est l’un des principaux défis sur la voie du développement.


Les chiffres indiquent que le réseau électrique du continent africain génère 160 mille mégawatts (MW), l’équivalent de la production allemande d’électricité. Les deux tiers de cette électricité sont produits par le nord du continent africain et par l’Afrique du Sud, ce qui ne laisse que 53 mille MW pour le reste du continent.

Le rythme d’installation pour la production d’énergie électrique n’a pas suivi celui de la croissance économique et il représente un handicap au développement  plutôt qu’une aide, soutiennent les spécialistes.

On calcule qu’environ 600 millions d’africains n’ont pas accès à l’énergie électrique.

Molar Nguer, l’ancien directeur de ce secteur pour l’Afrique et le Proche Orient, a déclaré, lors d’une conférence à l’Université d’Addis Abeba, que “le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’électricité était bien supérieur à celui qu’indiquaient les statistiques”.

“En fait, il ne suffit pas d’habiter dans une ville qui soit reliée au réseau électrique pour avoir de l’électricité. Il faut en avoir les moyens. À quoi il faut ajouter que la fiabilité, ou le manque de fiabilité, du réseau lui-même peuvent faciliter ou devenir un obstacle pour les consommateurs”, assure Nguer.

Sans oublier que cette énergie doit être “une énergie renouvelable”; c’est l’un des Objectifs pour un Développement Durable approuvés en septembre 2015 par les Nations Unies.

"Le rapport intitulé “Electricity Beyond The Grid” (l’Électricité Au-delà du Réseau) montre à l’évidence  qu’un réseau centralisé ne peut aucunement constituer l’unique réponse aux besoins du continent”, rappelle ce spécialiste.

Il faudra également passer par le développement d’installations complémentaires indépendantes des réseaux centralisés nationaux (installations dites “off grid”), et ces installations devront se faire soit au niveau de chaque foyer (systèmes dits “domestiques”) ou de petites communautés ( "mini-grid”).

“Nous estimons que plus de 30 pour cent des nécessités en zone rurale pourraient être satisfaites si l’on procédait à une extension des réseaux traditionnels centralisés”, affirme Haile Bogale, l’ingénieur en chef de la Compagnie Éthiopienne d’Électricité.

Mais pour sa collègue, la spécialiste Sarah Mohamed, ce point de vue est trop optimiste. “Quand on procède à de telles extensions des réseaux centralisé, seulement dix pour cent supplémentaire de la population peut y avoir accès”, nuance-t-elle. “De plus, il s’agit souvent de gens qui disposaient déjà de groupes électrogènes”.

“Pour les villes elles-mêmes, étant donné les distances qui les séparent et la perte d’énergie pendant le transport (qui peut atteindre les 20 pour cent), il vaut mieux développer une génération d’installations de production électrique de proximité et décentralisées”, selon Nomar Nguer.

Ces centrales, qui seront à proximité de la ville, pourront fonctionner avec de l’énergie solaire et être équipées de systèmes permettant de stocker du gaz ou du diesel, par exemple, qui serviraient de réserves.

Mais ce qu’il faudrait le plus développer, ce sont les installations indépendantes du réseau central (des installations “off-grid”) ainsi que des “mini-grids” adaptés aux besoins de chaque village.

Cependant, ces dernières installations mentionnées doivent être maintenues en état de fonctionnement  et leur exploitation requiert la présence d’un troisième acteur: un opérateur. Leur gestion s’avère donc beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait s’y attendre.

En général, rappelle Bogale, “l'implication nécessaire et conjointe des investisseurs publics et privés ainsi que la répartition respective des tâches rendent complexe la gestion de ces mini-infrastructures”.

“Tous ces projets devraient être centralisés par l’Union Africaine et la Banque Africaine pour le Développement, par exemple,  qui pourraient répartir de manière efficace les fonds provenant de dons étrangers. Et ces institutions pourraient ainsi expliquer clairement aux donateurs  comment leur argent a été utilisé”.

Mais ce dont l’Afrique a vraiment besoin, c’est qu’ “apparaissent des entreprises proprement africaines dans le secteur de l’énergie et qu’elles soient animées par un réel esprit d’entreprise”.

D’après les observateurs, cela permettrait de progresser de manière très significative dans ce défi que représente l’électrification du continent.

peo/mv/rrj